LIVRE I
mettre en poinet'son armée, sema des cntrrjccts • d'accord , desquels leroy endoriny accorda trefve pour quelques jours, fournissant par ce moyen son cnnemy d'opportunitéel loisir pours’ariner ; d’où le roy encourut sa dcmicre ruync. Si est ce que les vieux du sénat , memoratifsdes mœurs de leurs pores, accusèrent cestc praetique comme ennemie de leur style ancien, qui feut, disoient ils, combattre de vertu, non de finesse, ny par surprinses et rencontres de nuict, ny par fuittes appostées et recharges inopinées; n’entreprenants guerre qu’après l’avoir dénoncée, et souvent après avoir assigné l’heure et le lieu de la battaille. De cestc conscience ils renvoyèrent à Pyrrhus son traislrc médecin, et aux Phalisqucs leur desloyal maistre d’eschole. C’estoicnt les formes vrayment romaines, non de la grecque subtilité et astuce punique, où le vaincre par force est moins glorieux que par fraude. Le tromper poult servir pour le coup; mais celuy seul se tient pour surmonté qui sçait l'avoir esté ny par ruse ny de sort, mais par vaillance, de trouppe à trouppe, en une franche et juste guerre. Il appert bien par ce langage de ces bonnes gents , qu’ils n’avoient encores rocou cestc belle sentence,
Dolus, an vtrtus, qnls in hoste requlraf? .
Les Achaïens, dict Polybe5, detestoient toute voyc de tromperie en leurs guerres, n’estimants victoire sinon où les courages des ennemis sont abbattus. Eam rirsanrluset sapiens seiel reram esse vicloriam, quee, salra fide et integra ilignitate, parabilur *, dict un aultre.
Vosne ce/tr, an me, regnare liera , guidai fera l, fort,
Virtute expert amur *.
Au royaume de Tomate, parmy ces nations que si à pleine bouche nous appelions barbares, la eoustume porte qu'ils n’entreprennent guerre | sans l’avoir premièrement dénoncée; y adjoust&nts ample déclaration des moyens qu'ils ont à
fl) Ou, comme on a mis dans quelques éditions, inter jets, c'est-à-dire propositions, ouvertures. C.
(î) Qu’importe qu'on triomphe ou par forée ou par ruse?
tmc., En. , II, S», trad. de Delille.
^ i.. xm, c. i. c.
(4) L’homme sage et vertueux doit savoir que la seule victoire véritable est celle que peuvent avouer la bonne foi et l'honneur. Flores, I, tî.
(f>) Eprouvons par le courage ri c'est h vous ou A moi que la fortune, maîtresse des étéix mcnl>, destine IV m pire, bouts apud CiC. , de Officlis, I, 13.
I y employer, quels, combien d’hommes, quelle*
’ munitions, quelles armes offensives et defensi- I ves; mais aussi, cela faiet, si leurs ennemis ne eedent et viennent à accord, ils se donnent loy de se servir à leur guerre, sans reproche, de tout ce qui aide à vaincre.
Les anciens Florentins estoient si esloignés de vouloir gaigner advantage sur leurs ennemis par surprinse qu’ils les advertissoient un mois avant que de mettre leur cxcrcitc aux champs, par le continuel son de la cloche qu’ils nommoient Marlinclla1.
Quant à nous, moins superstitieux, qui tenons celuy avoir l’honneur de la guerre qui en a le proufit, et qui, après Lysander, disons que, « où la peau du lyon ne peult suffire, il y fault coudre un loppin de celle du renard *, » les plus ordinaires occasions de surprinse se tirent do ceste praetique ; et n’est heure, disons nous, où un chef doibve avoir plus l’œil au guet, que celle des parlements et traictés d’accord; et, pour reste cause, c’est une réglé, en la bouche de touts les hommes de guerre de nostre temps, « qu’il ne fault jamais que le gouverneur en une place assiégée sorte luy mesme pour parlementer. » Du temps de nos peres cela feut reproché aux seigneurs de Montmord et de l’Assigni, deffendants Mouson contre le comte de Nansau3. Mais aussi, à ce compte, celuy là scroit excusable qui sortiroit en telle façon que la seureté et l’advantage demourast de son eosté ; comme feit en la ville de Regge le comte Guy de Rangon (s’il en fault croire du Bellay, car Cuicciardin dict que ce feut luy mesme'), lors que le seigneur de l’Escut s’en approcha pour parlementer; car il abandonna de si peu son fort, qu’un trouble s’estant esmen pendant ce parlement , non seulement monsieur de l’Escut et sa trouppe qui estoit approchée avecques luy se trouva le plus foible, de façon qu’Alexandre Trivulce y feut tué, mais luy mesme feut eon-
fl) Du nom (le saint Vartln, ditrivC de celui de stars, dieu do la guerre. E. J. — De IA, peut-être, le mol de Pierre Cupponi, premier secrétaire florentin, qui, dédiiranlle papier ou cl aient écrites les conditions que leur faisait présenter Charles VIII, s’écria : «Eli bien! s'il en est ainsi, vous sonnerez vos trompettes et nous sonnerons nos cloches, m Voij. TBittoIre des Républiques italiennes, par M. deSfeinondl, ton*. XII, png. 168. J. V. L.
(î) Putarqi e, Vie de Lysander, c. 4. C.
(Xi Pniii-à-:tiou«son contre le rotule de Xwîift. F.. J.
(tj Marti* oc Bellay, liv. I ; Cucciaudim, liv. XIV, C.
Irainct , pour le plus seur, de suyvre le comte, et se jecler, sur sa foy, à l’abri des coups dans la ville*.
Eumenes, en la ville de Nora, pressé par Àntigonus, qui l'assicgeoit, de sortir pour luy parler, alléguant que c’estoit raison qu'il veinst devers luy, attendu qu’il estoit le plus grand et le plus fort, après avoir faiet ceste noble response : » Je n’eslimcray jamais homme plus grand que moy tant que j’auray mon espée en ma puissance, » n'y consentit qu'Antigonus ne luy eust donné Ptolemeus son propre nepveu en ostage, comme il demandoit*.
Si est ce qu'encores en y a il qui se sont très bien trouvés de sortir sur la parole de l'assaillant ; tesmoing Henry de Vaus, chevalier champenois, lequel estant assiégé dans le chastcau de Courmicy3 par les Anglois, Barthélemy de Bruwes *, qui commandoit au siégé, ayant par dehors faict sapper la pluspart du chastcau, si qu'il ne restoit que le feu |>our accabler les assiégés soubs les ruynes, somma ledit Henry de sortir à parlementer pour son proufit, comme il feit, luy quatriesme; et son évidente ruyne luy ayant esté montrée à l’œil, il s'en sentit singulièrement oblige à l’ennemy, à la discrétion duquel après qu'il se feut rendu et sa treuppe, le feu estant mis à la mine, les estançons de bois venus à faillir, le chastcau feut emporté de fond en comble5.
Je me fie ayséement à la foy d'aultruv ; mais nialax sécment le feroy je lors que je donnerais à juger l’avoir plustost faict par désespoir et faulte de cœur que par franchise et fiance de sa loyauté.
(I) Ou doit, ô re sujet, rappeler Icltenu trait de lord l*cterbornugli. Taudis qu'il liait en jwmrparliT avec le commandant d'une place demi II foisiil le rirge ( Barcelone, on I7U5 ) , tes Anglais abusent du moment rl surprennent la ville; le commandant i's|tagnul, au bruit extraordinaire qu'il entend, s'écrie qu’il est trahi : « lia mirez-vous, lui dit l*etcrhoroURh, cl fiez-vous à moi ; je ne vous demande qu'une heure pour tout reiueltre eu ordre, et je revieus traiter et conclure? avec vous.» Il part, entre dans la %HIe, court à ses troupes, leur parle, leur fait boule, les ramène au dehors, et revient auprès du commandant : « Tout est apaisé, lui dil-il, maintenant achevons de traiter de votre capitulation. » Servait
(3) Pu t* rote. Vie (TEmnt'nes, c. & C.
(r>) us anciennes éditions portent toutes Commercy. J.-A.-
(<) Burçliersh, tel'qu'n s’écrit aujourd’hui. J.-A.-C. B.
• (.%) Ce retil est extrait de» Chroniques de Froissard, à l’année i\NO. Voij. dans mon édition (publiée dans ie Pantin on), t. f, j»# 3, ch- twm. p. 435. J.-A.-C- I.