‹ Œuvres de Michel de Montaigne. Avec une notice biographiqueChapitre 439 sur 449 · AVIS DICTÉS PAR CATHERINE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

AVIS DICTÉS PAR CATHERINE DE MEDICIS

déments, bien souvent lcsdépcschesnécessaircs, au lieu d’estre diligemment répandues, ne l'ont pas esté; au contraire, ont demeuré quelquefois un mois ou six semaines; qui csloit cause que, voyant telle négligence, on pensoit cslrc vrai ce que disoient ees malins. Voilà ce qui me fait vous supplier que dorénaxant vous n’omettiez un seul jour, prenant l’heure de vostre commodité, que ne voy ez toutes les dépeschcs, de quelque part qu’elles viennent, et que preniez la peine d’ouïr celles qui vous sont envoyées. Si ce sont choses de quoi le conseil puisse vous soulager, les y envoyer, et faire un amendement au chancelier pour jamais, que toutes les ehosesqui concernent lesaffaires de vostre Etat, qu'avant que les maislres des requestes entrent au conseil, qu’il aie à donner une heure pour les dépeschcs; et après faire entrer les maislres des requestes et faire suivre le conseil pour les parties.

« C’est la forme que, durant les rois mes seigneurs vos père et grand-père, lenoit monsieur le connétable et ceux qui assistoient audit conseil. Les autres choses qui ne dépendent que de vostre volonté, apres, comme dessus est dit, les avoir entendues, commander les dépesehes et réponses selon vostre volonté, aux secrétaires. Le lendemain, avant que rien voir de nouveau, vous les faire lire, et commander qu’elles soient envoyées sans délai. Ce faisant, n’en viendra d'inconvénient à vos affaires. Vos sujets connoilront le soin qu’avez d’eux ; cela les fera plus diligents et soigneux; et connoilront davantage combien vous voulez conserver vostre Etat, et lesoinque prenez de vosalTaircs. Quand il viendra, soit de ceux qui ont charge de vous, ou d’autres des provinces pour vous voir, il faut que vous preniez la peine de parler à eux ; leur demander de leurs charges; et, s’ils n’en ont point, du lieu d’où ils viennent. Qu’ils connoissent que vous voulez savoir ce qui se fait parmi vostre royaume; et leur faire bonne chère, et non pas parler une fois à eux ; mais, quand les trouverez en vostre chambre ou ailleurs, leur dire toujours quelque mot.

« C’est comme j’ai vu faire aux rois vos père et grand-père, jusqu’à leur demander, quand ils ne savaient ce de quoi les entretenir, de leur ménage, afin de parler à eux et de leur faircconnoitre qu’ils avoient bien agréable de les voir. « En ce faisant les menteuses inventions qu’on

a trouvées pour vous déguiser à vos sujets seront connues de tous; en serez mieux aimé et honoré d’eux ; car, retournant à leur pays, feront entendre la vérité, si bien que ceux qui vous ont aidé à nuire seront connus pour méchants, comme ils sont. Aussi je vous dirai que, du temps du roi Louis douziesme vostre aïeul, qu’il avoit une façon que je désircrois infiniment que vous voulussiez prendre pour vous oster toutes les importunités et presses de la cour, et pour faire connoltre à tous qu’il n’y a que vous qui donnez les biens et honneurs; vous en serez mieux servi et avec plus de faveur. Il avoit ordinairement en sa poche le nom de ceux qui avoient charge de lui, fust-ce près ou loin, grands et petits, comme de toutes qualités; comme aussi il avoit un autre rôle où estoienl écrits tous les offices, bénéfices et autres choses qu’il pouvoit donner. Il avoit fait commandement à un ou deux des principaux officiers en chaque province que, quelque chose qui vaquas! ou avint de confiscations, aubaines, amendes et autres choses pareilles, nul ne fust averti que premièrement ceux à qui il en avoit donné la charge, ne l’en avertissent par lettres expresses qui ne tombassent ès mains des secrétaircsni autres que de lui-même. Lors, il prenoit son rùle et regardoit selon la valeur qu’il voyoit par icelui ce qu’on lui demandoit; et selon le rùle qu’il avoit dans sa poche , il donnoit à celui que bon lui sembloit, et lui en faisoit faire ladépcschc lui-mesme sans qu’il en sust rien ; il l’envoyoit à celui à qui il le donnoit. » Et si de fortune quelqu’un en estant averti, le lui venoit demander, il le refusoit ; car jamais à ceux qui demandoient il ne donnoit ; afin de leur oster la façon de l’importuner. Ceux qui le servoient sans laisser leurs charges, sans le venir presser à la cour, et dépenser plus que ne vaut le don bien souvent, il les récompcnsoit des services qu’ils lui faisoient.

«Aussi estoit-il le roi le mieux servi, à ce que j’ai ouï dire, qui fust jamais; car ils ne reconnoissoient que lui; et ne faisoit- on la cour à personne, estant le plus aimé qui fût jamais. Et prie Dieu qu’en fassiez de même ; car tant qu’en ferez autrement aux places ou autres inventions, croyez qu’on n’en tiendra pas le don de vous seul, car j’en ai ouï parler où je suis.

«Je ne veux pas oublier à vous dire une

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