CHAPITRE m
DEVOIRS AUXQIELS s'eNGAGENT LES MEMBRES l»E l'aSSOCIATION
Article /«"•. — Devoirs généraux.
1° Les membres de l'Association résidant dans un même lieu se lieront d'amitié ; ce qui sera facile, tons devant être cl'une condition honorable.
04 UKUVHES DE MIKABEAU
2° Des signes et paroles sûres les mettront en étal de se donner à connaître les uns aux autres; et ils ne pourront pas se cacher de ceux qui se légitimeront comme leurs frères.
3° Il n'y aura dans l'Association aucune caisse de charités, parce qu'on ne suppose jamais qu'aucun membre en ait besoin, et que si par un hasard singulier cela arrivait, étant tous M., celui qui serait dans ce cas-là, n'aurait qu'à recourir aux Loges.
De là s'ensuit qu'aucun membre de l'association ne [tourra demander aux autres des secours de cette nature. Du reste tous les services que se doivent des amis intimes, liés par les intérêts les plus nobles, ils se les rendront.
4« Surtout les soins qu'un frère mourant leur remettra, tant pour l'éducation ou la tutelle de ses enfants ou autres, ils s'en chargeront en commun, sans pourtant que cela leur cause des frais, à moins que leur propre générosité ne les y porte.
5"* Ils auront soin d'arranger toujours les choses de façon que les papiers relatifs à l'association ne puissent jamais tomber entre des mains profanes.
Article 11. — Devoirs des frères du grade inférieur.
Outre les obligations du secret envers tout profane, de l'assujétissement aux lois de l'association et autres de cette nature, ils s'engageront :
1° A travailler de tout leur pouvoir à l'établissement de bons instructeurs, surtout pour le peuple.
2° A encourager tous les nouveaux essais qui se font pour corriger l'éducation.
3° A encourager tous les établissements d'éducation publique, fondés sur de bons principes, et non sur la façon pédantesque et pleine de préjugés dont on a élevé jusqu'ici la jeunesse.
4° A s'éclairer eux-mêmes par de bonnes lectures, par leurs conversations et méditations sur tous les objets d'utilité publique et surtout sur l'éducation.
U.NE OIKiAMSATION DE LA FRANC-MAÇONMIiUE 63
5'' Ceux qui sont mariés et pères, à veiller à celle de leurs enfants, à les préserver de tout fanatisme, à leur former le corps aussi bien que l'esprit, à en faire des hommes, à leur inspirer les sentiments qui font la base de l'association, et les vertus sans lesquelles eux-mêmes n'y auraient pu être reçus.
6'' A s'entr'aider pour que les forces réunies de la loge à laquelle ils appartiendront concourent au même but.
Article III. — Devoirs des frère? du grade supérieur.
Ces frères s'engageront :
1° A leur entrée dans ce grade, et par tous les liens les plus sacrés, à ne jamais en sortir ou s'en détacher, sous quelque prétexte que ce puisse être, à quelque degré de fortune qu'ils s'élèvent; à ne jamais cesser d'en observer tous les engagements; à en reconnaître toujours les membres, et à ne jamais rompre leurs liaisons avec eux ; car plus ils acquerraient de puissance et de crédit, plus ils seraient en état de remplir les vues de ce grade. Si un frère est membre du souverain d'un Etat, ou s'il devient ministre ou favori d'un prince, il emploiera tout son crédit aux buts de l'association, il inspirera, avec saj?esse, ces sentiments d'amour, d'humanité, et d'équité à son souverain; il l'empêchera autant qu'il pourra, de commettre des duretés, de s'abandonner à un luxe ruineux, à une ambition ou à une avidité sans bornes ; il rendra compte de ce qu'il aura fait à ce sujet à ses frères, pour en recevoir le juste tribut d'estime et de louange qu'il aura mérité.
2" A abolir tant qu'ils pourront la servitude des paysans, l'assiTvissement des hommes à la glèbe, les droits de mainmorte, et tous ces usages et droits qui avilissent Ihumanité, et qui sont les restes affreux de la barbarie de nos ancêtres.
Pour expliquer cet article, il faut savoir que l'association n'exige point de sacrifices surnaturels de générosité. Comme ils répugnent au cœur humain, avec des lois pareilles, elle ne pourrait pas durer. Ainsi, on n'exige pas
qu'an gentilhomme affranchisse tousses paysans sans équivalent; mais il aura cerlainement un avantage beaucnup plus grand à les établir comme de petits fermiers sur leur portion de terre qu'à les tenir toujours dans la servitude. Les terri'S en Angleterre, formées sur ce modèU', rapportent bien autrement que dans nos pays où le paysan est serf.
3*" A faire tout leur possible pour abolir les corvées, sous la condition d'un équivalent équitable, dont l'avantage pour le seigneur terrien a déjà été prouvé jusqu'à l'évidence.
4° A faire tout leur possible pour abolir tous les corps de métiers, toute> les maîtrises, en un mot toutes les gênes mises sur l'industrie; tout homme devant travailler pour vivre, suivant les lois d'une saine morale, il ne faut pas qu'il y ait d'entraves qui empêchent de remplir ce devoir.
5*^ A fairn tout leur possible pour abolir toutes les gênes mises sur le commerce, par les douanes, les accises et les impôts de toute dénomination, par lesquels les financiers pompent le sang des sujets, sans qu'un peuple ^ache combien il donne.
6° A faire tout leur possible pour restreindre les impositions énormes que le pauvre peuple se voit à présent obligé de payer.
7° A faire tout au monde pour procurer une tolérance générale de toutes les opinions religieuses quelconques, pourvu qu'un homme soit utile à lEtat, qu'importe à la législation ce qu'il croit? L'exemple de la Hollande, de l'Angleterre, des colonies en Amérique, prouve l'utilité de cette façon de penser.
8'^ A faire, pour cet effet, tous ses efforts pour faire abolir toute juridiction des ecclésiastiques, diminuer leur nombre, là où il est excessif; arracher toutes ses armes à la superstition.
9^ A tout faire pour renfermer le despotisme dans des bornes plus étroites et plus équitables. En Allemagne, ils travailleront à maintenir le droit des Etats, à y résister au pouvoir arbitraire, à n'y point céder à de vils intérêts. Comme on ne saurait rien dire là-dessus, et que tout dépend des circonstances, les frères s'aviseront entre eux,
UNE OlUiAM-^AllU-N DE LA !• KA-NC-MAÇU.NMilîlE b7
<]ans leurs assemblées, sur les moyens de remplir leurs engagements à ce sujet. Cela fera l'objet de leurs plus mûres délibérations.
10" Cesl dans celte vue que, comme les frères du grade inférieur liront allentivement les bons ouvrages sur Téducation de toutes les classes des hommes, ceux du grade supérieur liront et méditeront tous ceux qui traiteront des objets de léijislation et d'administration ; ils les recommanderont le.^ uns aux autres et rechercheront entre eux ce ([ui pourrait être applicable à leurs circonstances.
11" Ils s'opposeront partout aux injustices des hommes puissants; et s'ils ne peuvent les empêcher, ils tàcheronlde les publier, dévoiler et d'en mettre les auteurs au pilori du public.
12° Pour cet effet, ils favoriseront autant qu'ils pourront la liberté de la presse, la plus forte barrière que n lUS ayons contre la tyrannie et contre l'oppression ; ils répandront les écrits qui donneront ombrage au despotisme; ils en assisteront les auteurs, si d'aiileurs ils sont gens de mérite, et qu'il n'y ait pas de malice et de fausseté dans leur fait.
13** Afin d'encourager d'autant plus les membres de l'association à agir avec zèle, pour remplir les susdits engagements dans toute leur étendue, ils jureront solennellement d'assister de toute leur puissance ceux qui, par trop de zèle dans l'exécution de leurs engagements auront pu tomber dans quelque désastre; les noms de ceux qui auroit souffert pour la cause de l'humanité, seront communiqués à tous les frères; on répandra leurs belles actions dans le pjiblic, pour les faire jouir de Ihonneurqu'ils méritent, ils seront reçus avec estime de tous leurs frères. C'est a quoi on ne manquera jamais, dans toutes les correspondances réglées qu'il y aura entre les Loges éclairées et leur chef-lieu, et entre les diverses provinces.
Telle est l'esquisse du plan d'un édifice, dont on pourrait ensuite déterminer les détails dès qu'on l'aurait fondé.