‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 104 sur 433 · ACTE II. SCENE IV. i8s · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE IV. i8s

Et vous aide à m'en arracher ?

Quand même vous m'auriez servie , Quand vous m'auriez rendu la vie , Quel fruit espérez-vous de qui ne peut aimer?

CLEOMENE.

Ce n'est point par l'espoir d'un si charmant salaire

Que nous nous sentons animer;

Nous ne cherchons qu'à satisfaire Aux devoirs d'un amour qui n'ose présumer

Que jamais , quoi qu'il puisse faire ,

Il soit capable de vous plaire ,

Et digne de vous enflammer.

Vivez , belle Princesse , et vivez pour un autre :

Nous le verrons d'un œil jaloux , Nous en mourrons; mais d'un trépas plus doux

Que s'il nous falloit voir le vôtre ; Et, si nous ne mourons en vous sauvant le jour, Quelqu'amour qu'à nosy eux vous préfériez au nôtre, Nous voulons bien mourir de douleur et d'amour.

Vivez, Princes , vivez , et de ma destinée Ne songez plus à rompre ou partager la loi : Je crois vous l'avoir dit, le ciel ne veut que moi ;

Le ciel m'a seule condamnée.

Je pense ouïr déjà les mortels sifflemens

De son ministre qui s'approche }

Ma frayeur me le peint, me l'offre à tous momens, Et , maîtresse qu'elle est de tous mes sentimens , Elle me le figure au haut de cette roche. J'en tombe de foiblesse , et mon cœur abattu Ne soutient plus qu'à peine un reste de vertu. Adieu, Princes, fuyez, qu'il ne vous empoisonne.

AGENOR.

Rien ne s'offre à nos yeux encor qui les étonne ; Et, quand vous vous peignez un si proche trépas ,

Si la force vous abandonne ,

Nous avons des cœurs et des bras

Que l'espoir n'abandonne pas.

Peut-être qu'un rival a dicté cet oracle ; Que l'on a fait parler celui qui l'a rendu.

Ce ne seroit pas un miracle Que,pour un Dieu muet , un homme eût répondu ; Et,dans tous les climats,on n'a que trop d'exemples Qu'il est,ainsi qu'ail leurs,des méchans dans les temple

CLEOMENE.

Laissez-nous opposer au lâche ravisseur A qui le sacrilège indignement vous livre , Un amour qu'a le ciel choisi pour défenseur De la seule beauté pour qui nous voulons vivre. Si nous n'osons prétendre à sa possession , Du moins, en son péril, permettez-nous de suivre L'ardeur et les devoirs de notre passion.

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