SCENE DERNIÈRE
JUPITER, VÉNUS, L'AMOUR, PSICHE évanouie.
l'a M ou R.
Vous , à qui seul tout est possible , Père des dieux , souverain des mortels , Fléchissez la rigueur dune mère inflexible ,
Qui , sans moi , n'auroit point d'autels. J'ai pleuré , j'ai prié ; je soupire 3 menace ,
Et perds menaces et soupirs.
Elle ne veut pas voir que de mes déplaisirs
ACTE V. SCENE VI. 243 Dépend du monde entier l'heureuse ou triste face ;
Et que , si Psiehé perd le jour , Si Psiehé n'esta moi ,.je ne suis plus l'Amour. Oui , je romprai mon arc, je briserai mes flèches ,
J'éteindrai jusqu'à mon flambeau , Je laisserai languir la Nature au tombeau ; Ou, si jedaigne aux cœurs faire encor quelques brèches, Avec ces pointes d'or qui me font obéir , Je vous blesserai tous là-haut pour des mortelles,
Et ne décocherai sur elles Que des traits émoussés, qui forcent à haïr ,
Et qui ne font que des rebelles 3
Des ingrates et des cruelles.
Par quelle tyrannique loi.
Tiendrai-je à vous servir mes armes toujours prêtes , Et vous ferai-je à tous conquêtes sur conquêtes , Si vous me défendez d'en faire une pour moi ?
JUPITER à Vénus.
Ma fille, sois-lui moins sévère; Tu tiens de sa Psiehé le destin en tes mains. La Parque^au moindre mot, va suivre ta colère. Parle, et laisse-toi vaincreaux tendresses de mère, Ou redoute un courroux que moi-même je crains.
"Veux-tu donner le monde en proie A la haine, au désordre , à la confusion ; Et d'un dieu d'union ,
D'un dieu de douceur et de joie , Faire un dieu d'amertume et de division ?
344 PSICHÉ
Considère ce que nous sommes , Et si les passions doivent nous dominer.
Plus la vengeance a de quoi plaire aux hommes, Plus il sied bien aux dieux de pardonner.
VÉNUS
Je pardonne à ce fils rebelle ; Mais voulez-vous qu'il me soit reproché
Qu'une misérable mortelle , L'objet de mon courroux , l'orgueilleuse Psiché ,
Sous ombre qu'elle est un peu belle ,
Par un hymen dont je rougis , Souille mon alliance , et le lit de mon fils ?
JUPITER
Hé bien , je la fais immortelle, Afin d'y rendre tout égal.
VÉNUS
Je n'ai plus de mépris ni de haine pour elle , Et l'admets à l'honneur de ce nœud conjugal.
Psiché , reprenez la lumière ,
Pour ne la reperdre jamais.
Jupiter a fait votre paix ,
Et je quitte cette humeur fière
Qui s'opposoit à vos souhaits.
psiché sortant de son évanouissement.
C'est donc vous , ô grande déesse !
Qui redonnez la vie à ce cœur innocent ?