ACTE IL SCENE VII
Et redise cent fois un bas et méchant mot , Que de brûler ma viande, ou saler trop mon pot. Je vis de bonne aoupe, et non de beau langage. Vaugelas n'apprend point à bien faire un potage ; Et Malherbe et Balzac , si savans en beaux mots, En cuisine , peut-être , auroient été des sots.
PHILAMINTE
Que ce discours grossier terriblement assomme! Et quelle indignité, pour ce qui s'appelle homme , D'être baissé sans cesse aux soins matériels , Au lieu de se hausser vers les spirituels ! Le corps , cette guenille , est-il d'une importance , D'un prix à mériter seulement qu'on y pense ? Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin ?
CHRISALE.
Oui,moncorps estmoi-même,et j'en veux prendresoiu; Guenille si l'on veut , ma guenille m'est chère.
Le corps avec l'esprit fait figure , mon frère; Mais , si vous en croyez tout le monde savant , ] /esprit doit sur le corps prendre le pas devant; Et notre plus grand soin, notre première instance', Doit être à le nourrir du suc de la science.
CHRISALE.
Ma foi , si vous songez à nourrir votre esprit, C'est de viande bien creuse ; à ce que chacun dit ,
Et vous n'avez nul soin , nulle sollicitude , Pour. . . .
PHILAMINTE
Ah! sollicitude à monpreille est rude , II pue étrangement son ancienneté.