‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 186 sur 433 · ACTE II. SCENE VII. 3i · texte numérisé non relu

ACTE II. SCENE VII. 3i

Il tt' est pas bien honnête , et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie, et sache tant de choses. Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfans , Faire aller son ménage , avoir l'œil sur ses gens , Et régler la dépense avec économie , Boit être son étude et sa philosophie.

ï\ os pères, sur ce point, étoient gens bien sensés , Qui disoient qu'une femme en sait toujours assez, Quand la capacité de son esprit se hausse A connoître un pourpoint avec un haut-de-chausse. Les leurs ne lisoient point , mais elles vivoi en t bien , Leurs ménages étoient tout leur docte entretien ; Et leurs livres , un dé , du fil et des aiguilles , Dont elles travailloient au trousseau de leurs filles. Les femmes d'à-présent sont bien loin de ces mœurs ; Elles veulent écrire et devenir auteurs. Nulle science n'est pour elles trop profonde ; Et céans, beaucoupplus qu'en aucun lieu du monde, Les secrets les plus hauts s'y laissent concevoir , Et l'on sait tout chez moi , hors ce qu'il faut savoir. On y sait comme vont lune, étoile polaire , Vénus, Saturne etMars,dont je n'ai point affaire ; Et dans ce vain savoir, qu'on va chercher si loin, On ne sait comme va mon pot, dont j'ai besoin. Mes gens à la science aspirent pour vous plaire, Et tous ne font rien moins que ce qu'ils ont à faire. Raisonner est l'emploi de toute ma maison. Et le raisonnement en bannit la raison. L'un me brûle mon rôt en lisant quelqu'hiotoire; L'autre rive à des vers quand je demande à boire;

3i6 LES FEMMES SAVANTES.

Enfin , je vois par eux votre exemple suivi , Et j'ai des serviteurs , et ne suis point servi. Une pauvre servante au moins m'étoit restée, Qui de ce mauvais air n'étoit point infectée , Et voilà qu'on la chasse avec un grand fracas , A cause qu'elle manque à parler Vaugelas. Je vous le dis , ma sœur, tout ce train-là me blesse : Car c'est , comme j'ai dit, à vous que je m'adresse. Je n'aime point céans tous vos gens à latin , Et principalement ce Monsieur Trissotin ; C'est lui qui, dans des vers, vous a tympanisées : Tous les propos qu'il tient sont des billevesées. On cherche ce qu'il dit après qu'il a parlé ; Et je lui crois , pour moi, le timbre un peu fêlé.

PHILAMINTE

Quelle bassesse , ô ciel , et d'ame et de langage!

BELISE.

Est-il de petits corps un plus lourd assemblage , Un esprit composé d'atomes plus bourgeois T? Et de ce même sang se peut-il que je sois ? Je me veux mal de mort d'être de votre race , Et , de confusion , j'abandonne la place.

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