ACTE II. SCENE V
LÉANDRE
Non , Octave , je veux qu'il me confesse luimême , tout-à-1'heure , la perfidie qu'il m'a faite. Oui , coquin , je sais le trait que tu m'as joué ; on vient de me l'apprendre , et tu ne croyois pas peut-être que Ton me dût révéler ce secret ; mais je veux en avoir la confession de ta propre bouche , et je vais te passer cette épée au travers du corps.
Ah ! monsieur , auriez-vous bien ce cœur-là ?
LÉANDRE
Parle donc.
SCAPIN
Je vous ai fait quelque chose , monsieur ?
LÉANDRE
Oui , coquin , et ta conscience ne te dit que trop ce que c'est.
SCAPIN
Je vous assure que je l'ignore.
léandre s1 avançant pour frapper Scapln. Tu l'ignores !
OCTAVE retenant Léandre.
Léandre !
SCAPIN
Hé bien , monsieur , puisque vous le voulez > je vous confesse que j'ai bu avec mes amis ce
petit quarte.au de vin d'Espagne dont on vous fit présent il y a quelques jours, et que c'est moi qui fis une fente au tonneau , et répandis de l'eau autour , pour faire croire que le vin s'étoit échappé.
LÉ AND RE
C'est toi , pendard, qui m'as bu mon vin d'Espagne , et qui as été cause que j'ai tant que- 3-ellé la servante , croyant que c'était elle qui m'avait fait le tour ?
Oui , monsieur : je vous en demande pardon.
LÉANDRE
Je suis bien aise d'apprendre cela. Mais ce n'est pas l'affaire dont il est question maintenant.
SCAPIN
Ce n'est pas cela , monsieur ?
LÉANDRE
Non : c'est une autre affaire encore qui me touche bien plus , et je veux que tu me la dises.
SCAPIN
Monsieur , je ne me souviens pas d'avoir fait autre chose.
LÉANDRE voulant frapper Scapin.
Tu ne veux pas parler ?
SCAPIN
Hé!