ACTE I. SCENE I. 5iî
sols , M. Fleurant. Plus , le çlystère de Mon* sieur , réitéré le soir , comme dessus , trente sols. M. Fleurant , dix sols. Plus , du vingtseptième , une bonne médecine 3 composée pour hâter d'aller , et chasser dehors les mauvaises humeurs de Monsieur , trois livres. Bon, vingt et trente sols; je suis bien aise que vous soyez raisonnable. Plus , du vingt - huitième , une prise de petit lait clarifié et dulcoré, pour adoucir , lénifier , tempét er , et rafraîchir le sang de Monsieur, vingt sols. Bon ,dix sols. Plus, une potion cordiale et préservatïve , composée avec douze grains de bezoard , syrops de limon et grenades, et autres, suivant V ordonnance y cinq livres. Ah ! M. Fleurant , tout doux , s'il vous plaît; si vous en usez comme cela, on ne voudra plus être malade : contentez-vous de quatre francs , et vingt et quarante sols. Trois et deux font cinq , et cinq font dix , et dix font vingt. Soixante et trois livres quatre sols six deniers. Si bien donc que , de ce mois , j'ai pris une , deux , trois , quatre , cinq , six , sept et huit médecines $ et un , deux , trois , quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze et douze lavemens ; et l'autre mois , il y avoit douze médecines y et vingt lavemens. Je ne m'étonne pas , si je ne me porte pas si bien ce mois-ci que l'autre. Je le dirai à Monsieur Purgon , afin qu'il mette ordre à cela. Allons, qu'on m'ôte tout ceci. ( Voyant que personne
5i2 LE MALADE IMAGINAIRE,
ne vient , et qu'il n'y a aucun de ses gens dans sa chambre.) 11 n'y a personne. J'ai beau dire : on me laisse toujours seul ; il n'y a pas moyen de les arrêter ici. {Après avoir sonné une sonnette qui est sur sa table.) Ils n'entendent point, et ma sonnette ne fait pas assez de bruit. (Après avoir sonné pour la deuxième fois?) Point d'affaire. (Après avoir sonné encore. ) Ils sont sourds. Toinette ! (Après avoir fait le plus de bruit quilpeut avec sa sonnette.') Tout comme si je ne sonnois point. Chienne, coquine! (Ployant qufil sonne encore inutilement. ) J'enrage. Drelin , drelin , drelin. Carogne , à tous les diables. Est-il possible qu'on laisse comme cela un pauvre malade ? Drelin , drelin, drelin. Voilà qui est pitoyable! Drelin, drelin , drelin. Ah ! mon Dieu ! Ils me laisseront ici mourir. Drelin , drelin , drelin.