ACTE I. SCENE V
à se répondre 'doucement les uns aux autres. Mais, Monsieur, mettez la main à la conscience : est-ce que vous êtes malade ?
ARGAN
Comment, coquine ! si je suis malade ? Si je suis malade , impudente ?
TOIN E T T E.
Hé bien! oui, Monsieur, vous êtes malade ; n'ayons point de querelle là-dessus. Oui, vous êtes fort malade ; j'en demeure d'accord , et plus malade que vous ne pensez : voilà qui est fait. Mais votre fille doit épouser un mari pour elle ; et n'étant point malade , il n'est pas nécessaire de lui donner un médecin.
ARGAN
C'est pour moi que je lui donne ce médecin; et une fille de bon naturel doit être ravie d'épouser ce qui est utile à la santé de son père.
T O I N E T TE
Ma foi , Monsieur , voulez-vous qu'en amie je vous donne un conseil ?
ARGAN
Quel est-il , ce conseil ?
TOI NE T TE
De ne point songer à ce mariage-là.
Et la raison ?
TOINETTE
C'est que votre fille n'y consentira point.
Elle n'y consentira point ?
TOINETTE
Non.
Ma fille ?
TOINETTE
Votre fille. Elle vous dira qu'elle n'a que faire de M. Diafoirus , ni de son fils Thomas Diafoirus , ni de tous les Diafoirus du monde \
J'en ai affaire , moi. Outre que le parti est plus avantageux qu'on ne pense , Monsieur Diafoirus n'a que ce fils-là pour tout héritier ; et , de plus, Monsieur Purgon qui n'a ni femme , ni enfans, lui donne tout son bien en laveur de ce mariage ; et Monsieur Purgon est un homme qui a huit mille bonnes livres de rente.
TOINETTE
Il faut qu'il ait tué bien des gens, pour s'être fait si riche !