SCENE PREMIERE
POLICHINELLE
U Amour , Amour , Amour , Amour ! Pauvre Polichinelle, quel diable de fantaisie t'es-tu allé mettre dans la cervelle ? A quoi t'amusestu s misérable insensé que tu es? Tu quittes le soin de ton négoce, et tu laisses aller tes affaires à l'abandon ; tu ne manges plus , tu ne bois presque plus , tu perds le repos de la nuit ; et tout cela , pour qui ? Pour une dragone , franche dragone ; une diablesse qui te rembarre et se moque de tout ce que tu peux lui dire. Mais il n'y a point à raisonner là-dessus. Tu le veux , Amour ,* il faut être fou comme beaucoup d'autres. Cela n'est pas le mieux du monde à un homme de mon âge ; mais qu'y faire ? On n'est pas sage quand on veut; et les vieilles cervelles se démontent comme les jeunes.
Je viens voir si je ne pourrai point adoucir
PREMIER INTERMEDE. 049 ma tigresse par une sérénade. Il n'y a rien , par fois , qui soit si touchant qu'un amant qui vient chanter ses doléances aux gonds et aux verroux de la porte de sa maîtresse.
(après avoir -pris son luth.) Voici de quoi accompagner ma voix. O nuit , ô chère nuit , porte mes plaintes amoureuses jusques dans le lit de mon inflexible.
Nott' e di v'am e v'adoro.
Cerc' un si per mio ristoro ,
Ma se voi dite di nô ,
Bell' ingrata , io morirô.
Frà là speranza S'afflige il cuore , In lontanauza Consum' à l'hore ; Si dolce inganno Che mi figura Brève l'al'fanno ?
Ahi troppo dura !
Cosi per tropp' amar languïseo e muoro ,
Nott' e di v'am e v'adoro.
Cerc' un si per mio ristoro ,
Ma se voi dite di nô ,
Bell' ingrata , io morirô.
Se non dormite , Almen pensate
55o LE MALADE IMAGINAIRE.
Aile ferite Ch'al cuor mi fate , D'almep fingete Per mio conforto , Se m'uccidete , D'haver il torto ; Vostra pietà mi scemerà il martiro.
Nott' e dï vam e v'adoro , Cerc' un si per mio ristoro. , Ma se voi dite di nô , Bell' ingrata , io morirô.