‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 375 sur 433 · LOU I S O N · texte numérisé non relu

LOU I S O N

Qu'est-ce que vous me voulez , mon papa? Ma belle maman m'a dit que vous me demandez.

ARGAN

Oui, venez -çà^ avancez -là. Tournez - vous. Levez les yeux. Regardez-moi. Hé ?

LOUISON

Quoi , mon papa ?

ARGAN

Là?

LOUISON

Quoi !

ARGAN

N'avez-vous rien à me dire ?

Je vous dirai , si vous voulez , pour vous désennuyer 5 le conte de peau-d'âne , ou bien la

ACTE II. SCENE XL 6'ot fable du corbeau et du renard , qu'on m'a apprise depuis peu.

Ce n'est pas cela que je demande.

L o uison.

Quoi donc ?

ARGAN

Ah, rusée! vous savez bien ce que je veux dire !

LOU ISON.

Pardonnez-moi , mon papa.

ARGAN

Est-ce là comme vous m'obéissez ?

LOU ISO n.

Quoi?

ARGAN

Ne vous ai-je pas recommandé de me venir dire d'abord tout ce que vous voyez ?

Oui , mon papa.

ARGAN

L'avez-vous fait ?

Oui , mon papa. Je vous suis venu dire tout ce que j'ai vu.

ARGAN

Et n'avez-vous rien vu aujourd'hui ?

6oa LE MALADE IMAGINAIRE.

Non , mon papa.

ARGAN

Non?

LOUISON

Non , mon papa.

ARGAN

Assurément ?

LOUISON

Assurément.

ARGAN

Oh ça, je m'en vais vous faire voir quelque chose , moi.

louison voyant une poignée de verges qiCArgan a été prendre.

Ah , mon papa !

ARGAN

Ah , ah ! petite masque , vous ne me dites pas que vous avez vu un homme dans la chambre de votre sœur ?

louison pleurant.

Mon papa.

argan prenant Louison par le bras.

Voici qui vous apprendra à mentir.

louison se jetant à genoux.

Ah, mon papa, je vous demande pardon!

ACTE II. SCENE XI. 6o3 (Test que ma sœur m'avoit dit de ne pas vous le dire ; mais je m'en vais vous dire tout.

ARGAN

Il faut premièrement que vous ayez le fouet pour avoir menti. Puis après nous verrons au reste.

LOU ISON.

Pardon , mon papa.

ARGAN

Non , non.

l o uis ON.

Mon pauvre papa, ne me donnez pas le fouet.

ARGAN

Vous l'aurez.

l o u I SON.

Au nom de Dieu, mon papa, que je ne Taie pas.

ARGAN voulant la fouetter.

Allons , allons.

lo u i so N.

Ah ! mon papa , vous m'avez blessée. Attendez: je suis morte. ,

{Elle contrefait la morte.}

ARGAN

Holà, qu'est-ce là? Louison , Louisou ! Ah, mon Dieu! Louison. Ah), ma; fille ! Ah, malheureux ! ma pauvre tille est morte ! Qu'ai-je

6o4 LE MALADE IMAGINAIRE, iait , misérable ? Ah , chiennes de verges ! La peste soit des verges. Ah, ma pauvre fille, ma pauvre fille 3 ma pauvre petite Louison !

LOUISON

Là , là, mon papa , ne pleurez point tant : je ne suis pas morte tout-à-fait.

ARGAN

Voyez-vous la petite rusée? Oh çà^ çà , je vous pardonne pour cette fois-ci } pourvu que vous me disiez bien tout.

LOUISON

Oh , oui , mon papa !

ARGAN

Prenez-y bien garde au moins; car voilà un petit doigt qui sait tout , qui me dira si vous mentez.

Mais , mon papa , ne dites pas à ma sœur que je vous l'ai dit.

ARGAN

Non, non.

louison après avoir regardé si personne riécoute.

C'est, mon papa , qu'il est venu un homme dans la chambre de ma sœur comme j'y étois.

ARGAN

Hé bien ?

LOUISON

Je lui ai demandé ce qu'il demandoit , et il m'a dit qu'il étoit son maître à chanter.

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