ACTE III. SCENE XVI
TOIN E T TE.
Votre médecin , ma foi , qui me vouloit tâter le pouls.
ARG A N
Voyez un peu , à l'âge de quatre-vingt-dix ans!
B E R AL D E
Or çà , mon frère , puisque voilà votre Monsieur Purgon brouillé avec vous , ne voulez- vous pas bien que je vous parle du parti qui s'offre pour ma nièce?
Non , mon frère : je veux la mettre dans un couvent , puisqu'elle s'est opposée à mes volontés. Je vois bien qu'il y a quelque amourette là-dessous ; et j'ai découvert certaine entrevue secrette , qu'on ne sait pas que j'aie découverte,
BER ALDE
Hé bien ! mon frère , quand il y auroit quelque petite inclination , cela seroit-il si criminel ; et rien peut-il vous offenser , quand tout ne va qu'à des choses honnêtes, comme le mariage?
A RG A N.
Quoi qu'il en soit , mon frère , elle sera religieuse : c'est une chose résolue.
B E R A LDE.
Vous voulez faire plaisir à quelqu'un?
65o LE MALADE IMAGINAIRE.
Je vous entends. Vous en revenez toujours-là, et ma femme vous tient au cœur.
BE R ALDE
Hé bien , oui , mon frère : puisqu'il faut parler à cœur ouvert , c'est votre femme que je veux dire ; et non plus que l'entêtement de la médecine, je ne puis vous souffrir l'entêtement où vous êtes pour elle , et voir que vous donniez , tête baissée , dans tous les pièges qu'elle vous tend.
TO INET TE.
Ah ! Monsieur , ne parlez point de Madame , c'est une femme sur laquelle il n'y a rien à dire ; une femme sans artifice , et qui aime Monsieur ; qui l'aime. . . On ne peut pas dire cela.
Demandez-lui un peu les caresses qu'elle me fait.
TOI N ETTE
Cela est vrai.
A RGAN.
L'inquiétude que lui donne ma maladie ;
TOINETTE
Assurément.
Etjles soins et les peines qu'elle prend autour de moi.