‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 408 sur 433 · ACTE III. SCÈNE XXII. é · texte numérisé non relu

ACTE III. SCÈNE XXII. é

Vous n'êtes pas favorable au penchant de mon cœur , si vous me refusez Cléante pour époux ♦ je vous conjure au moins de ne me point forcer d'en épouser un autre. C'est toute la grâce qua je vous demande.

cléante se jetant aux genoux fîArgan.

Hé , Monsieur , laissez - vous toucher à ses prières et aux miennes , et ne vous montrez» point contraire aux mutuels empressemens d'une si belle inclination.

BERALDE.

Mon frère , pouvez-vous tenir là-contre ?

TOI NETTE

Monsieur, serez-vous insensible à tant d'amour ?

Qu'il se fasse médecin , je consens au mariage.

(à Cléante.) Oui , faites-vous médecin, je vous donne ma fille,

CLÉANTE

Très-volontiers , Monsieur. S'il ne tient qu'à cela pour être votre gendre, je me ferai médecin, apothicaire même, si vous voulez. Ce n'est pas une afiàire que cela , et je ferois bien d'autres choses pour obtenir la belle Angélique.

BERALDE.

Mais , mon frère , il me vient une pensée. Faites-

66o LE MALADE IMAGINAIRE, vous médecin vous-même. La commodité sera encore plus grande , d'avoir en vous tout ce qu'il vous faut.

TOINETTE

Cela est vrai. Voilà le vrai moyen de vous guérir bientôt ; et il n'y a point de maladie si osée , que de se jouer à la personne d'un médecin .

ARGAN

Je pense , mon frère , que vous vous moquez de moi. Est-ce que je suis en âge d'étudier?

BE R AL DE

Bon , étudier ! vous êtes assez savant ; et il y en a beaucoup parmi eux qui ne sont pas plus habiles que vous.

ARGAN

Mais il faut savoir bien parler latin , connoître les maladies , et les remèdes qu'il y faut faire.

BE RALD E.

En recevant la robe et le bonnet de médecin , vous apprendrez tout cela ; et vous serez après plus habile que vous ne voudrez.

ARGAN

Quoi ! l'on sait discourir sur les maladies , quand on a cet habit-là ?

BE R AL D E

Qui. L'on n'a qu'à parler avec une robe et un

ACTE III. SCENE XXII. 661 bonnet , tout galimatias devient savant , et toute sottise devient raison.

TO.IN-E TTE

Tenez , Monsieur, quand il n'y auroit que votre barbe , c'est déjà beaucoup , et la barbe fait plus de la moitié d'un médecin.

CLÉANTE

En tout cas , je suis prêt à tout.

BERALDE à ArgdTl.

Voulez-vous que l'affaire se fasse tout-à-l'heure?

Comment , tout-à-1'heure ?

BERALDE.

Oui , et dans votre maison.

ARGAN

Dans ma maison ?

BERALDE.

Oui. Je connois une faculté de mes amies, qui viendra tout-à-Pheure en faire la cérémonie dans votre salle. Cela ne vous coûtera rien.

ARGAN

Mais , moi , que dire , que répondre ?

BERALDE.

On vous instruira en deux mots, et Ton vous donnera par écrit ce que vous devez dire»

Allez-vous-en vous mettre en habit décent. Je vais les envoyer quérir.

ARGAN

Allons, voyons cela.

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