SCENE VI
" Les auteurs de l'histoire du Théâtre François ont trouvé dans deux registres de Molière de i663 jusqu'en i665 , les titres des différentes farces qu'ils conjecturent être de Molière. Le grand benêt de fils , joué en 1664 -, leur paroît être le modèle d'après lequel il a fait son rôle de Diafoirus le fils. Et en effet le baiserai-je , mon père ? et quelques autres traits , ont bien l'air d'avoir appartenu au grand benêt de fils.
Un nommé Beauval joua ce rôle supérieurement, et nous rapporterons ici un fait qui regarde le jeu de cet acteur , et la scrupuleuse attention qu'apportoit Molière aux répétitions de ses ouvrages. Peu content de la demoiselle Beauval , pour laquelle il avoit fait l'excellent rôle de Toinette , il se plaignit plus d'une fois d'elle et de quelques autres acteurs , sans dire un mot à Beauval. La femme de ce dernier naturellement un peu aigre , murmura des avis qu'on lui donnoit , tandis qu'on laissoit répéter son mari sans lui dire un mot : je serois bien fâché de lui rien dire , reprit notre auteur , je lui gâterois son jeu , la nature lui a donné de meilleures leçons que les miennes pour ce rôle.
11 Les compîimens bizarres , pédantesques , et dans le style de l'école , que font Messieurs Diafoirus
SUR LÉ MÀLAÎ)Ë IMAGINAIRE, m
dans cette scène , sont «ne preuve que M. de la Bruyère avait décidé légèrement que Tartuffe ne devoit point parler de son amour d'une façon qui le rendît ridicule. Diafoirus s'explique ici dans le jargon que sa pédanterie lui a rendu familier , ef ne soupçonne pas même qu'il puisse le faire paroître moins aimable.
*l Jamais il n'a voulu comprendre les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle , touchant la circulation du sang. Guillaume Hervée , médecin de Jacques I et de Charles I, est celui à qui l'importante découverte de la circulation du sang est due. Il l'avoit d'abord enseignée dans ses leçons au collège des médecins de Londres , et ii la publia dans son Exercitatio anatomica de motu corporis et sanguinis. Molière peint ici gaîment lo sort des découvertes les plus heureuses. La génération où elles se présentent ne veut, comme JDiafoirus , ni comprendre ni écouter les raisons. La jeunesse seule, qui s'instruit de bonne foi, se laisse persuader et rectifie les anciennes connoissances par les nouvelles. Ce fut le destin de la philosophie de Newton parmi nous.
/ *+ Je vous invite à venir voir, pour vous divertir, la dissection d^ une femme, etc. Cette plaisanterie est évidemment imitée des Plaideurs de Racine , où. Dandin propose de faire passer une heure ou deux à voir donner la question.
•f Les remarques grammaticales qui décorent cette édition, Ont observé que le. récit de Cléanù ',
dans cette scène , avoit paru long , et écrit sans élégance 5 ce qui est vrai , sur-tout à la lecture , mais lorsque ce récit est fait par un acteur vif et animé, il perd de sa longueur. C'est un récit en situation , et qui demanderoit d'être un peu abrégé et rajeuni par le style 5 ce qui est très-facile à un acteur intelligent , pour lequel il ne peut être dangereux que de vouloir ajouter.
Dans la scène quatorzième , acte second de V Etourdi , et dans la scène sixième du second acte de Y Ecole des Maris , deux amans s'entretiennent y comme ici , de leur amour , en présence de ceux a qui ils ont intérêt de le tenir caché ; mais qu'on observe combien dans un situation presque égale Molière est différent ; il fait varier sa manière ; il ne se copie point 5 il ne se répète jamais. Térence y regardoit de moins près; dans la même situation , ses acteurs redisoient la même chose. Voyez dans VAndrienne , scène première, acte troisième, Juno lucina , fer opem , serva me , obsecro. Et dans la cinquième scène du troisième acte des Adelphes , Juno lucina , fer opem , serva me , obsecro,