‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 433 sur 433 · NOUVELLES OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

NOUVELLES OBSERVATIONS

Ce qu'on a dit dans l'avertissement sur cette pièce , que l'anecdote du pauvre fut révélée par le musicien Charpentier, n'est qu'une conjecture sur ce que ce musicien ne travailla pour Molière que

dans le Malade imaginaire , et que sans doute ce fut là l'époque de leur connoissance. Ce musicien y célèbre dans son tems , disoit aux gens de sa profession : Allez en Italie , c'est la véritable école ; cependant je ne désespère pas que, quelque jour, les italiens ne viennent apprendre chez nous , mais je n'y serai plus.

Dans le même avertissement, on a mis la Malade sans maladie, de Dufresny, fort au-dessous du Malade imaginaire de Molière, et cela est juste. On se reprochera cependant de n'avoir pas avoué qu'il se trouve dans la pièce du premier auteur des traits d'un vrai comique et d'un sel ignoré de notre tcms; tel est celui-ci i Je dors, je dors , et puis je ne dors plus 5 je mange , je mange , et puis je ne mange plus. Il est vrai que Molière avoit dit : II ne s^est jamais si mal porté , il marche, dort, mange et boit comme les autres 5 mais cela n'empêche pas qu'il ne soit fort malade. Yoilà sans doute où Dufresny a puisé soit idée 5 mais il la rend neuve par la tournure qu'il lui donne. On doit tout à soi-même , en empruntant de cette manière 5 c'est ainsi que Molière empruntait quelquefois , et c'est ce que les gens , qui ont recueilli ses imitations , n'ont pas assez observé. Je rapporterai ici un mot excellent et profond de M. de Rheulière , sur ces prétendus plagiats : le vol littéraire n'est rien , disoit-il , lorsqu'on assassine son homme. Dufresny ne pouvoit faire oublier l'auteur du Malade imaginaire 5 mais le trait qu'on vient de citer de lui, est plus piquant que celui auquel il doiHa naissance.

vi. 44

69o NOUVELLES OBSERVATIONS; P OST-SCRIPTUM.

Chargés du commentaire du plus grand auteur comique qui ait existé dans tous les tems , nous avons eu pour objet de le rendre utile au véritable art de la comédie, à nos jeunes artistes, et aux étrangers aussi idolâtres de cet auteur que nousmêmes 5 parce qu'il n'y a que le talent qui 6oit national , et que le génie est commun à tous les lieux où l'on pense. Heureux si nos efforts ont répondu à nos intentions ï

Nous nous rappelons que , dans le cours'de nos remarques , nous avons été forcés de défendre Molière contre des opinions modernes qui nous ont paru hasardées 5 si le zèle dont nous étions remplis pour notre auteur , nous avoit portés au - delà des égafds dont les gens de lettres devroient rougir de s'écarter les uns envers les autres , nous en désavouerions la chaleur 5 mais nous croyons nous être tenus, à cet égard, dans les bornes d'une défense permise , et qui entroit dans les obligations que nous avoit fait contracter notre qualité de commentateur.

JL/igne fruit de vingt ans de travaux somptueux ; Auguste bâtiment , temple majestueux , Dont le dôme superbe , élevé dans la nue , Pare du grand Paris la magnifique vue , Et , parmi tant d'objets semés de toutes parts , Du voyageur surpris prend les premiers regards ; Fais briller à jamais , dans ta noble richesse , La splendeur du saint vœu d'une grande princesse , Et porte un témoignage à la postérité De sa magnificence et de sa piété ; Conserve à nos neveux une montre fidèle Des exquises beautés que tu tiens de son zèle. Mais défends bien sur -tout de l'injure des ans Le chef-d'œuvre fameux de ses riches présens , Cet éclatant morceau de savante peinture , Dont elle a couronné ta noble architecture; C'est le plus bel effet des grands soins qu'elle a pris, Et ton marbre et ton or ne sont point de ce prix.

Toi qui , dans cette coupe , à ton vaste génie Comme un ample théâtre heureusement fournie , Es venu déployer les précieux trésors Que le Tibre t'a vu ramasser sur ses bords ;

Dis-nous , fameux Mignard , par qui te sont versées Les charmantes beautés de tes nobles pensées ; Et dans quel fonds tu prends cette variété , Dont l'esprit est surpris , et l'œil est enchanté. Dis-nous quel feu divin , dans tes fécondes veilles, De tes expressions enfante les merveilles , Quels charmes ton pinceau répand dans tous ses traits, Quelle force il y mêle à ses plus doux attraits, Et quel est ce pouvoir, qu'au bout des doigts tu portes , Qui sait faire à nos yeux vivre des choses mortes , Et d'un peu de mélange et de bruns et de clairs , Rendre esprit la couleur , et les pierres des chairs. Tu te tais ; et prétends que ce sont des matières Dont tu dois nous cacher les savantes lumières , Et que ces beaux secrets , à tes travaux vendus , Te coûtent un peu trop pour être répandus ; Mais ton pinceau s'explique, et trahit ton silence, Malgré toi , de ton art , il nous fait confidence ; Et , dans ses beaux efforts à nos yeux étalés , Les mystères profonds nous en sont révélés. Une pleine lumière ici nous est offerte ; Et ce dôme pompeux est une école ouverte , Où l'ouvrage faisant l'office de la voix , Dicte de ton grand art les souveraines loix. Il nous dit fortement les trois nobles parties (i) Qui rendent d'un tableau les beautés assorties ,

{i) L'inyention , le dessin, le coloris.

DU VAL-DE-GRACE. 6g3

Et dont , en s'unissant , les talens relevés Donnent à l'univers les peintres achevés.

Mais des trois , comme reine, il nous expose celle (i) Que ne peut nous donner le travail, ni le zèle ; Et qui , comme un présent de la faveur des cieux , Est du nom de divine appelée en tous lieux ; Elle , dont l'essor monte au-dessus du tonnerre , Et sans qui l'on demeure à ramper contre terre , Qui meut tout, règle tout, en ordonne à son choix, Et des deux autres mène et régit les emplois. Il nous enseigne à prendre une digne matière , Qui donne au feu d'un peintre une vaste carrière, Et puisse recevoir tous les grands ornemens , Qu'enfante un beau génie en ses accouchemens , Et dont la poésie et sa sœur la peinture , Parant l'instruction de leur docte imposture , Composent avec art ces attraits , ces douceurs % Qui font à leurs leçons Un passage à nos cœurs ; Et par qui, de tous tems, ces deux sœurs si pareilles Charment , Tune les yeux , et l'autre les oreilles- Mais il nous dit de fuir un discord apparent Du lieu que l'on nous donne et du sujet qu'on prend; Et de ne point placer dans un tombeau, des fêtes , Le ciel contre nos pieds, et l'enfer sur nos têtes. 11 nous apprend à faire , avec détachement , Dégroupes contrastés un noble agencement ,

(1) L'invention, première partie de la peinture.

694 LA CLOÎRE

Qui , du champ du tableau , fasse un juste partage

En conservant les bords un peu légers d'ouvrage ,

N'ayant nul embarras , nul fracas vicieux

Qui rompe ce repos si fort ami des yeux ;

Mais où , sans se presser , le groupe se rassemble ,

Et formeun doux concert, fasse un beau tout ensemble,

Où rien ne soit à l'œil mendié , ni redit ,

Tout s'y voyant tiré d'un vaste fonds d'esprit ,

Assaisonné du sel de nos grâces antiques ,

Et non du fade goût des ornemens gothiques ;

Ces monstres odieux des siècles ignorans ,

Que de la barbarie ont produit les torrens ,

Quand leur cours , inondant presque toute la terre ,

Fit à la politesse une mortelle guerre ;

Et de la grande Rome abattant les remparts ,

Vint , avec son empire , étouffer les beaux arts ,

Il nous montre à poser avec noblesse et grâce

La première figure à la plus belle place ,

Riche d'un agrément , d'un brillant de grandeur

Qui s'empare d'abord des yeux du spectateur ;

Prenant un soin exact, que dans tout son ouvrage,

Elle joue aux regards le plus beau personnage ;

Et que par aucun rôle au spectacle placé ,

Le héros du tableau ne se voye effacé.

Il nous enseigne à fuir les ornemens débiles

Des épisodes froids et qui sont inutiles ,

A donner au sujet toute sa vérité ,

A lui garder par-tout pleine fidélité ,

Et ne se point porter à prendre de licence ,

A moins qu'à des beautés elle donne naissance.

DU VAL-DE-GRACE. 6g5

Il nous dicte amplement les leçons du dessin (i) Dans la manière Grecque, et dans le goût Romain; Le grand choix du beau vrai, de la belle nature , Sur les restes exquis de l'antique sculpture , Qui , prenant d'un sujet la brillante beauté , En savoit séparer la fbible vérité , Et formant de plusieurs une beauté parfaite , Nous corrige par l'art la nature qu'on traite. Il nous explique à fond , dans ses instructions , L'union de la grâce et des proportions ; Les figures par-tout doctement dégradées , Et leurs extrémités soigneusement gardées , Les contrastes savans des membres agroupés , Grands , nobles , étendus , et bien développés , Balancés sur leur centre en beautés d'attitude , Tous formés Pun pour l'autre avec exactitude , Et n'offrant point aux yeux ces galimatias , Où la tête n'est point de la jambe , ou du bras ; Leur juste attachement aux lieux qui les font naître , Et les muscles touchés autant qu'ils doivent l'être , La beauté des contours observés avec soin , Point durement traités , amples , tirés de loin , Inégaux , ondoyans , et tenant de la flamme , Afin de conserver plus d'action et d'ame ; Les nobles airs de tête amplement variés , Et tous au caractère avec choix mariés ,

(1) Le dessin , seconde partie de la peinture.

Etc'est-làqu'un grand peintre , avec pleine largesse,

D'une féconde idée étale la richesse ,

Faisant briller par-tout de la diversité ,

Et ne tombant jamais dans un air répété ;

Mais un peintre commun trouve une peine extrême

A sortir dans ses airs , de l'amour de soi-même ;

De redites sans nombre , il fatigue les yeux ,

Et , plein de son image , il se peint en tous lieux.

Il nous enseigne aussi les belles draperies ,

De grands plis bien jetés suffisamment nourries ,

Dont l'ornement aux yeux doit conserver le nud ;

Mais qui , pour le marquer , soit un peu retenu ,

Qui ne s'y colle point , mais en suive la grâce ,

Et , sans la serrer trop, la caresse et l'embrasse.

Il nous montre à quel air , dans quelles actions

Se distinguent à l'œil toutes les passions ;

Les mouvemens du cœur,peints d'une adresse extrême;

Par des gestes puisés dans la passion même ,

Bien marqués pour parler, appuyés, forts et nets;

Imitant en vigueur les gestes des muets ,

Qui veulent réparer la voix que la nature

Leur a voulu nier ainsi qu'à la peinture.

Il nous étale enfin les mystères exquis (i) De la belle partie où triompha Zeuxis , Et qui 3 le revotant d'une gloire immortelle , Le fit aller de pair avec le grand Appelle :

(i) Le coloris j troisièmo partie de la peinture*

L'union , les concerts , et les tons des couleurs ,

Contrastes, amitiés, ruptures et valeurs ,

Qui font les grands effets , les fortes impostures ,

L'achèvement de l'art , et l'ame des figures.

Il nous dit clairement dans quel choix le plus beau,

On peut prendre le jour et le champ du tableau.

Les distributions et d'ombre et de lumière,

Sur chacun des objets et sur la masse entière ,

Leur dégradation dans l'espace de l'air

Par les tons différens de l'obscur et du clair ,

Et quelle force il faut aux objets mis en place

Que l'approche distingue et le lointain efface ;

Les gracieux repos que par des soins communs ,

Les bruns donnent aux clairSjComme les clairs aux bruns,*

Avec quel agrément d'insensible passage

Doivent ces opposés entrer en assemblage ,

Par quelle douce chute ils doivent y tomber ,

Et dans un milieu tendre aux yeux se dérober ;

Ces fonds officieux qu'avec art on se donne ,

Qui reçoivent si bien ce qu'on leur abandonne,

Par quels coups de pinceau, formant delarondeur ,

Le peintre donne au plat le relief du sculpteur ,

Quel adoucissement des teintes de lumière ,

Fait perdre ce qui tourne , et le chasse derrière ,

Et comme , avec un champ fuyant , vague et léger s

La fierté de l'obscur sur la douceur d 1 clair ,

Triomphant de la toile , en tire avec puissance

Les figures que veut garder sa résistance ,

Etmalgré tout l'effort qu'elle oppose uses coups.

Les détache du fonds , et les amène à nous,

Il nous dit tout cela , ton admirable ouvrage ; Mais, illustre Mignard, n'en prends aucun ombrage, Ne crains pas que ton art, par ta main découvert , A marcher sur tes pas tienne un chemin ouvert , Et que de ses leçons les grands et beaux oracles Elèvent d'autres mains à tes doctes miracles ; Il y faut des talens que ton mérite joint , et ce sont des secrets qui ne s'apprennent point. On n'acquiertpoint,Mignard,par les soins qu'on se don Trois choses,dontles dons brillent dans ta personne , Les passions , la grâce , et les tons de couleur , Qui des riches tableaux font l'exquise valeur; Ce sont présens du ciel , qu'on voit peu qu'il assemble , Et les siècles ont peine à les trouver ensemble. C'est par-là qu'à nos yeux nuls travaux enfantés De ton noble travail n'atteindront les beautés , Malgré tous les pinceaux , que ta gloire réveille , Il sera de nos jours la fameuse merveille , Et des bouts de la terre en ces superbes lieux , Attirera les pas des savans curieux.

O Vous , dignes objets de la noble tendresse Qu'a fatt briller pour vous cette auguste princesse. Dont au grand Dieu naissant , au véritable Dieu , Le zèle magnifique a consacré ce lieu ,• Purs esprits , où du ciel sont les grâces infuses , Beaux temples des vertus , admirables récluses l Qui dans votre retraite } avec tant de ferveur , Mêlez parfaitement la retraite du cœur , Et , par un choix pieux hors du monde placées , Ne détachez vers lui nulle de vos pensées ,

Qu'il vous est cher d'avoir sans cesse devant vous Ce tableau de l'objet de vos vœux les plus doux ; D'y nourrir par vos yeux les précieuses flammes Dont si fidèlement brûlent vos belles âmes ; D'y sentir redoubler l'ardeur de vos désirs ; D'y donner à toute heure un encens de soupirs; Et d'embrasser du cœur une image si belle Des célestes beautés de la gloire éternelle , Beautés qui dans leurs fers tiennent vos libertés Et vous font mépriser toutes autres beautés ! Et toi , qui fus jadis la maîtresse du monde , Docte et fameuse école en raretés féconde , Où les arts déterrés ont , par un digne effort , Réparé les dégâts des barbares du Nord ; Source des beaux débris des siècles mémorables, O Rome , qu'à tes soins nous sommes red evables De nous avoir rendu , façonné de ta main , Ce grand homme , chez toi , devenu tout Romain , Dont le pinceau célèbre , avec magnificence , De ces riches travaux vient parer notre France , Et dans un noble lustre y produire à nos yeux Cette belle peinture inconnue en ces lieux , La fresque , dont la grâce à l'autre préférée Se conserve un éclat d'éternelle durée ; Mais dont la promptitude et les brusques fiertés Veulent un grand génie à toucher ses beautés ! De l'autre qu'on connoît latraitable méthode Aux foiblesses d'un peintre aisément s'accommode; La paresse de l'huile , allant avec lenteur , Du plus tardif génie attend la pesanteur ,

Elle sait secourir , par le tems quelle donne , Les faux pas que peut faire un pinceau qui tâtonne ; Et, sur cette peinture, on peut, pour faire mieux , Revenir quand on veut avec de nouveaux yeux. Cette commodité de retoucher l'ouvrage , Aux peintres chancelans est un grand avantage , Et, ce qu'on ne fait pas en vingt fois qu'on reprend , On le peut faire en trente, on le peut faire en cent.

Maislafresque est pressante;et veut,sans complaisance Qu'un peintre s'accommode à son impatience , La traite à sa manière; et d'un travail soudain , Saisisse le moment qu'elle donne à sa main. La sévère rigueur de ce moment qui passe , Aux erreurs d'un pinceau ne fait aucune grâce , Avec elle il n'est point de retour à tenter ; Et tout au premier coup se doit exécuter. Elle veut un esprit où se rencontre unie La pleine connoissance avec le grand génie , Secouru d'une main propre à le seconder , Et maîtresse de l'art jusqu'à le gourmander , Une main prompte à suivre un beau feu qui la guide ; Et dont , comme un éclair , la justesse rapide Répande dans ses fonds, à grands traits non tâtés , De ses expressions les touchantes beautés. C'est par-là que la fresque éclatante de gloire , Sur les honneurs de l'autre emporte la victoire , Et que tous les savans , en juges délicats , Donnent la préférence à ses mâles appas. Cent doctes mains chez elle ont cherché la louange ; Et Jules , Annibal , Raphaël , Michel- Ange 3

Les Mignards de leur siècle , en illustres rivaux , Ont voulu par la fresque ennoblir leurs travaux.

Nous la voyons ici doctement revêtue De tous les grands attraits qui surprennent la vue. Jamais rien de pareil n'a paru dans ces lienx; Et la belle inconnue a frappé tous les yeux. Elle a non-seulement , par ses grâces fertiles , Oiarmé du grand Paris les connoisseurs habiles Et touché de la cour le beau monde savant ; Ses miracles encore ont passé plus avant , Et de nos courtisans les plus légers d'étude , Elle a pour quelque tems fixé l'inquiétude , Arrêté leur esprit , attaché leurs regards , Et fait descendre en eux quelque goût des beaux arts. Mais ce qui, plus que tout, élève son mérite , C'est de l'auguste Roi l'éclatante visite ; Ce monarque , dont l'ame aux grandes qualités Joint un goût délicat des savantes beautés , Qui , séparant le bon d'avec son apparence , Décide sans erreur , et loue avec prudence ; LOUIS , le grand LOUIS , dont l'esprit souverain Ne dit rien au hasard et voit tout d'un œil sain , A versé de sa bouche à ses grâces brillantes Dedeuxprécieuxmotslcs douceurs chatouillantes, Et l'on sait qu'en deux mots ce roi judicieux , Fait des plus beaux travaux l'éloge glorieux.

Colbert , dont le bon goût suit celui de son maître, A senti même charme , et nous le fait paroitre. Ce vigoureux génie au travail si constant , Dont la vaste prudence ù tous emplois s'étend ,

^02 LAGLOIRE

Qui, du choix souverain, tient par son haut mérite, t

Du commerce et des arts la suprême conduite ,

A d'une noble idée enfanté le dessein

Qu'il confie aux talens de cette docte main ;

Et dont il veut par elle attacher la richesse

Aux sacrés murs du ( I ) temple,où son cœur s'intéresse.

La voilà, cette main, qui se met en chaleur ;

Elle prend les pinceaux , trace , étend la couleur ,

Empâte , adoucit, touche , et ne fait nulle pause ,

Voilà qu'elle a fini ; l'ouvrage aux yeux s'expose ;

Et nous y découvrons,aux yeux des grands experts ,

Trois miracles de l'art en trois tableaux divers.

Mais , parmi cent objets , d'une beauté touchante,

Le Dieu porte au respect , et n'a rien qui n'enchant

Rien en grâce , en douceur , en vive majesté ,

Qui ne présente à l'œil une divinité ;

Elle est toute en ces traits si brillans de noblesse ,

La grandeur y paroît , l'équité , la sagesse ;

La bonté , la puissance ; enfin , ces traits font voir

Ce que l'esprit de l'Jiomme a peine à concevoir.

Poursuis, ô grand Colber t, à vouloir d ans la France , Des arts que tu régis établir l'excellence , Et donne à ce projet et si grand et si beau , Tous les riches momens d'un si docte pinceau. Attache à des travaux, dont l'éclat te renomme , Les restes précieux des jours de ce grandhomme.

(i) Saint-Eustache.

Tels hommes rarement se peuvent présenter ,

Et quand le ciel les donne , ilfaut en profiter.

De ces mains, dont les ten is ne sont guère prodigues

Tu dois à l'univers les savantes fatigues ,

C'est à ton ministère à les aller saisir

Pour les mettre aux emplois que tu peux leur choisir;

Et , pour tapropre gloire, il ne faut point attendre

Qu'elles viennent l'offrir ce que ton choix doit prendre.

Les grands hommes, Colbert, sont mauvais courtisans ,

Peu faits à s'acquitter des devoirs complaisans ,

A leurs réflexions tout entiers ils se donnent ;

Et ce n'est que par-là , qu'ils se perfectionnent.

L'étude et la visite ont leurs talens à part.

Qui se donne à la cour , se dérobe à son art.

Un esprit partagé rarement s'y consomme ,

Et les emplois de feu demaudent tout un homme.

Ils ne sauroient quitter les soins de leur métier

Pour aller chaque jour fatiguer ton portier ,

Ni par-tout, près de toi, par d'assidus hommages ,

Mendier des prôneurs les éelatans suffrages ;

Cet amour du travail qui toujours règne en eux ,

Rend à tous autres soins leur esprit paresseux ,

Et tu dois consentir à cette négligence

Qui de leurs beaux talens te nourrit d'excellence.

Souffre que , dans leur art s'avançant chaque jour ,

Par leurs ouvrages seuls , ils te fassent leur cour.

Leur mérite à tes yeux y peut assez paroi tre ;

Consultes-en ton goût , il s'y connoît en maître ,

Et te dira toujours pour l'honneur de ton choix ,

Sur qui tu dois verser l'éclat des grands emplois.

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