‹ Œuvres de Molière. Avec des remarques grammaticales, des avertissemens et des observations sur chaque pièceChapitre 77 sur 433 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Vous avez plus que nous de clartés , de sagesse Pour juger ce qui peut être digne de vous ; Mais, pour moi, j'aurois cru qu'une grande Déesse Devroit moins se mettre en courroux.

VÉNUS

Et c'esi-là la raison de ce courroux extrême. Plus mon rang a d'éclat, plus l'affront est sanglant; Et si je n'étois pas dans ce degré suprême , Le dépit de mon cœur seroit moins violent. Moi , la fille du dieu qui lance le tonnerre ;

Mère du dieu qui fait aimer ; Moi , les plus doux souhaits du ciel et de la terre, Et qui ne suis venue au jour que pour charmer;

Moi , qui , par tout ce qui respire , Ai vu de tant de vœux encenser mes autels ; Et qui de la beauté , par des droits immortels , Ai tenu de tout tems le souverain empire ; Moi , dont les yeux ont mis deux grandes Déités Au point de me céder le prix de la plus belle , Je me vois ma victoire et mes droits disputés

Par une chétive mortelle!

Le ridicule excès d'un fol entêtement Va jusqu'à m'opposer une petite fille!

Sur ses traits et les miens j'essuierai constamment

Un téméraire jugement,

Et , du haut des cieux, où je brille, VI. IQ

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