ACTE I, SCENE I. ig
Qui ne veut point soufirir que votre cœur s'explique , Et je ne sais quel fruit peut prétendre unViniour Qui fuit tous les moyens de se produire au jour.
EURIALE.
Et que ferai-je, Arbate, en déclarant ma peine, Qu'attirer les dédains de cette âme hautaine, Et me jeter au rang de ces princes soumis, Que le^titre d'amans lui peint en ennemis?
Tu vois les souverains de Mèssèpe et de Pyle Lui faire de leur cœur un hommage inutile, Et de Téclat pompeux des plus hautes vertus En appuyer en vain les respects assidus :
Ce rebnt de leurs soins , sous un triste silence , Retient de mon amour toute la violence :
Je me tiens condamné dans ces rivaux fameux , Et je lis mon arrêt au mépris qu'on fait d'eux.
ARBATS.
Et c'est dans ce mépris, et dans cette humeur fière, Que votre âme à ses vœux doit voir plus de lumière. Puisque le sort vous donne à conquérir un cœur Que défend seulemeiAt une simple froideur, Et qui n'oppose point à l'ardeur qui vous presse De quelque attachement l'invincible tendresse. Un cœur préoccupé résiste puissamment ; Mais qttand une âme est libi*e, on la force aisément ; , Et toute la fierté de son indifférence N'a rien dont ne triomphe un peu de patience. Ne lui cachez donc plus le pouvoir de ses yeux. Faites de votre flamme un éclat glorieux ; fit, bien loin de trembler de l'exemple des autres,
Bu rebut de leurs yœux enflez respoîr des vôtres. Peut-être pour toucher ses sévères appaâ^ Aurez- vous des secrets que ces princes n'ont pas; Et , si de ses fiertés l'impérieux caprice Ne vous fait éprouver un destin plus propice , Au moins est-ce un bonheur en ces extrémités Que de voir avec soi ses rivaux rebutés.
J'aime à te voir presser cet aveu de ma flamme ; Combattant mes raisons , tu chatouilles mon âme ; Et, par ce que j'ai dit, je voulois pressentir Si de ce que j'ai fait tu pourrois m'applaudir; Car enfin , puisqu'il faut t'en faire confidence , On doit à la princesse expliquer mon silence; Et peut*étre, au moment que je t'en parle ici, Le secret de mon cœur, Arbate, est éclairci.
Cette chasse où, pour fuir la foule qui l'adore, ^ Tu sais qu'elle est allée au lever de l'aurore, Est le temps que Moron, pour déclarer mon feu, A pris.
ARBATE«
Moron, seigneur?
Ce choix t'étonne un peu.
Par son titre de fou tu crois le bien connoître; Mais sache qu'il l'est moins qu'il ne le veut paroître^^ Et que, malgré l'emploi qu'il exerce aujourd'hui ^ Il a plus de bon sens que tel qui rit de lîii. La princesse se plaît à ses bouffonneries :
Il s'en est fait aimer par cent plaisanteries ,