‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 132 sur 310 · DONE ELVIRE, DON JUAN, SGANARELLE · texte numérisé non relu

DONE ELVIRE, DON JUAN, SGANARELLE

D. ELVIRE

Me ferez -vous la grâce, don Juan, de vouloir bien me reconnoître? Et puis -je au moins ^spérer que vous daigniez tourner le visage de ce côté?

D. JUAK.

Madame , je vous avoue que je suis surpris, et que je ne vous attendois pas ici.

D. ELVIRE

Oui , je vois bien que vous ne m'y attendiez pas ; et vous êtes surpris, à la vérité, mais tout autrement que je ne l'espérois ; et la manière dont vous le

fio8 LE FESTIN DE PIERRE,

p<iroissez, me persuade pleinement ce que je refusois de croire. J'admire ma simplicité, et la foiblesse de '"mon cœur, à douter d'une trahison que tant d'apparences me confirmoient. J'ai été assez bonne, je le confesse, ou plutôt assez sotte, pour me vouloir tromper moi-même, et travaillera démentir mes yeux et mon jugement. J'ai cherché des raisons pour excuser à ma tendresse le relâchement d'amitié qu'elle voyoit en vous, et je me suis forgé exprès cent sujets légitimes d'un départ si précipité, pour vous justifier du crime dont ma raison vous accusoit. Mes justes soupçons chaque jour avoient beau me parler, j'en rejetois la voix qui vous rendoit criminel à mes yeux, et j'écoutois avec plaisir mille chimères ridicules, qui vous peignoient innocent à mon cœur; mais enfin , cet^ abord ne me permet plus de douter, et le coup d'œil qui m'a reçue, m'apprend bien plus de choses que je ne voudrois en savoir. Je serai bien aise pourtant d'ouïr de votre bouche les raisons de votre départ. Parlez, don Juan, je vous prie , et voyons de quel air vous saurez vous justifi^^

D. JUAN

Madame, voilà Sganarelle qui sait pourquoi je suis parti.

SGÂlNARELLE, bas, à don Joaa.

, Moi, monsieur? je n'en sais rien, s'il vous plaît.

D. ELVIHE. *

Eh bien! Sganarelle, parlez. Il n'importe de quelle bouche j'entende ses raisons.

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