‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 137 sur 310 · Acte ïi, scenê ï. ix · texte numérisé non relu

Acte ïi, scenê ï. ix

pibrrot; ' Iglia que tu me chagraines l'esprit , franchement.

CHARLOTTE

Et. quement donc ?

PIERROT

Tëtiguiennei tu ne m'aimes point

CHARLOTTE

Ah , ah , n'est-ce que ça ?

PIERROT

Oui, ce n'est que ça, et c'est bian assez.

CHARLOTTE

Mon guieu, Pinrrot, tu mfe viens tôujou dire la même chose.

PIERROT

Je te dis toujou la même chose , parce que c'est toujou la même chose; et si ce n'étoit pas toujou la même chose , je ne te dirois pas toujou la même chose.

CHARLOTTE

Mais, qu'est-ce qu'il te faut? Que veux-tu?

Jemiguienne , je veux que tu m'aimes.

CHARLOTTE

► Est-ce que je ne t'aime pas?

PIERROT

Non , tu ne me m'aimes pas , et si je fais tout ce que je pis pour ça. Je t'achette, sans reproche ,. des mbans à tous les marciers qui pasfsont ; je me romp» le cou à t'aller dénicher des maries ; je fais jouer pour toi les vielleux quand ce vient ta fête , et tout

di8 LE FESTIN DE PIERKE,

ça comme ^i je me frappois la tête contre un mur. Yois-tu, ça n'est ni biau ni honnête de n'aimer pas les gens qui nous aimont.

CHARLOTTE

Mais, mon guieu , je t'aime aussi.

PIERROT

Oui, tu m'aimes d'une belle dégaine!

CHARLOTTE

Quement veux-tu donc qu'on fasse ?

PIERROT

Je veux que l'en fasse comme l'en fait , quand l'en aime comme il faut.

CHARLOTTE

Ne t'aimai-je pas aussi comme il faut ? ,

Non. Quand ça est, ça se voit, et l'en' fait mille petites singeries aux parsonnes quand on les aime du bon du cœur. Regarde la grosse Thomasse , comme elle est assottée du jeune Robain , aile est toujou autour de li à l'agacer, et ne le laisse jamais en repos. Toujou aile 11 fait queuque niche, ou li baille queuque taloche en passant ; et l'autre jour qu'il étoit assis sur un escabiau , aile fut le tirer de dessous li , et le fit cheoir tout de son long par tarre. Jami vlà où l'en voit les gens qui aimont ; mais toi , tu ne me dis jamais mot , t'es toujou là comme eune vraie souche de bois ; et je passeroi» vingt fois devut toi , que tu ne te grouillerois pas pour me baiUer le moindre coup , ou me dire la moindre chose.

, ACTE II, SCENE I. aig

Ventreguienne ça n'e$t pas bian , après tout; et t'es froide pour les .gens.

CHARLOTTJi:.

Que veux-tu que j'y fesse ? C'est mon- himeur , et je ne me pis refondre.

PIERROT

Ignia himeur qui tienne. Quand en a de i'amiquié pour les parsonnes , Ten en baille toujou queuque petite signifiance.

CHARLOTTE

Enfin , je t'aime tout autant que je pis , et si tu n'es pas content de ça , tu n'as qu'à en aimer queuque autre.

PIERROT

Eh bian ^ vlà pas mon compte ? Tétigué , si tu m'aimois, me dirois-tu ca?

Pourquoi me viens-tu aussi tarabuster l'esprit?

PIERROT

Morgue , queu mal te faîa^e ? Je ne ée demande qu'un peu d'amiquié.

CHARLOTTE

Eh bian , laisse faire aussi , et ne me presse point tant Peut-être que ça viendra tout d'un coup sans 9 y songer.

PIERROT

Touche donc là , Charlotte.

C H A R L O T T E y donnant sa main.

Eh bian , quien.

aao LE FESTIN DE PIKKRE,

PIBRHOT.

Promets-moi donc que tu tâcheras de m'aimer davantage.

CHAlKLOTTE.

J'y ferai tout ce que je pourrai , mais il faut que ca vienne de lui-même. Piarrot , est-ce là ce monsieu?

PIERROT

Oui , Je via.

CHARLOTTE

Ah , mon guieu , qu'il est genti , et que c'auroit été dommage qu'il eût été nayé !

Je revians tout à l'heure ; je m'en vas boire chopaine , pour me rebouter tant soit peu de la fatigue que j'ais eue.

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