RAGOTIN
D. J U A N , se mettant à table.
SGANARELLE, il faut songcr à s'amender pourtant.
SGANARELLE
Oui-dà.
D. juanI Oui, ma foi, il faut s'amender. Encore vingt ou m. i8
trente ans de cette vie-ci, et puis nous songerons à nous.
Oh!
D. JUAK.
Qu'en dis-tu? ,
SGA]yAR£LL£.
Rien. Voilà le soupe, (n prend an morcean d*an des plati qa*on apporte, et le met dans sa bouche. )
D. JUAN
Il me semble que tu as la joue enflée : qu'est-ce que c'est ? Parle donc. Qu'as*tu là ?
SGANARKLtE.
Rien.
D. JUAN
Montre un peu. Parbleu, c'est une fluxion qui lui est tombée sur la joue. Vite une lancette pour percer cela. Le pauvre garçon n'en peut plus, et cet abcès le pourroit étouffer. Attends; voyez comme il étoit mûr. Ah ! coquin que vous êtes....
SGANARELLE
Ma foi, monsieur, je voulois voir si votre cuisinier n'avoit point mi& trop de sel , ou trop de poivre.
D. JUAN
Allons, mets-toi là, et mange. J'ai affaire de toi, quand j'aurai soupe. Tu as faim, à ce que je vois.
SGANARELLE, se mettant à table.
Je le crois bien, monsieur, je n'ai point mangé depuis ce matin. Tâtez de cela^ voilà qui est le meilleur du monde. (ÀRagotîn, qni, à mesure qae Sganarelle met quelque chose sur son assiette , la lui ôte , dès que Sganarelle tourne la tête. }