‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 194 sur 310 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

SGANARELLE, seoi.

Voila, par sa mort, un chacun satisfait. Ciel o£fensé, lois violées, filles séduites, familles dé^o>- III. 19

ago LE FESTIN DE PIERRE.

norées , parens outragés, femmes mises à mal , maris pousses à bout , tout le mdnde est content. Il n'y a que moi seul de malheureux, qui, 9près tant d'années de service, n'ai point d'autre récompense que de voir à mes yeux l'impiété de mon maître punie par le plus épouvantable châtiment du monde.

Flic 1>U FESTIIf DS PiERRJE.'

AtJ LECTEUR.

Cb n'est ici qu'un simple crayon , un petit impromptu dont le roi a voulu se faire un divertissement. Il est le phu précipité de tous ceux que sa majesté m'ait commandés ; et, lorsque je dirai qu'il a été proposé , fait , ap|>ris et représ^ité en cinq jouirs, je ne dirai que ce qui e^st vnd. Il n'est. pas. nécessaire de .yoos. avertir qull y a iïéauconp de choses qui dépendent de l'action* On sah bien que les comédies ne sont faites que pour être jouées 9 et je ne.c<mseille de lire celle-ci qu'aux personnes qui ont des yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du théâtre. Ce que je voua dirai, c'est qu'il seroit à souhaiter que ces sortes d'ouvrages pussent toujours se montrer à vous avec les omemens qui les accompagnent chez le roi. Vous les verriez dans un état beaucoup plus supportable ; et les airs et les symphonies de l'incomparable M. LuUi , mêlés à la beauté des voix et à l'adresse des danseurs , leur donnent sans doute des grâces dont ils ont toutes les peines du mon^e à se passer.

AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

SUR

ijETTB comédie-ballet en prose et en trois actes^ avec un prologue 9 fut représentée à Versailles , le i5 septembre i665, et à Paris, sur le théâtre du Palais- Royal, le 22 du même mois.

Molière, dans $on Avis au lecteur, ne conseille de lire cette comédie « qu aux personnes qui ont des « yeux pour découvrir dans la lecture tout le jeu du • tbéâtre. »

Sa modestie ne lui permettoît pas de 'croire qu'un ouvrage proposé, fait, appris et représenté en cinq jours, pût être soutenable lorsqja'il seroit dépouillé des avantages de l'action tl^éàtrale y mais Molière, dans cette espèce d'impromptu , étoit dans son véritable genre. Fléau de tous Içs ridicules , il en avoit saisi un, c'étoit celui de la charlatanerie en médecine; l'attaquer 9 le détruire , c'étpit servir l'humanité , et Molière , dans ce combat iniportant , n'employa que ^e& armes , toujours sûres de leurs coups ; le rire et la vérité.

On a dit qu'une querelle de la fuhme de Molière avec celle d'un médecin clf ez qui elle démeuroit , et qui lui avoit donné congé, avoit été la source de toutes les plaisanteries dont son mari poursuivit sans, re^ lâche la faculté de médecine^

agi AVERTISSEMENT

Quelqu'un a dit aussi, et tout le monde la répété , que r Amour Médecin, étoit le premier ouvr^ ^ans lequel Molière eût attaqué les médecins ; cependant , la première scène du m*" acte du Festin de Pierre avoit déjà annoncé leur art comme une des grandes erreurs qui soient pç^mi les hommes y et toute ce^tte scène est pleine de traits de la plus grande force contre eux.

A regard du premier fait, on serôit tenté de croire qu'il fîit inventé par quelque médecip du temps, pouf décrier le motif qui £ûsoit agir notre auteur.

Les médecins de pe temps-là courant Içs rue$ d^ Paris en habits de docteurs sur leurs mules ^ consul^v tant gravement en latin sur les maladies les plus ordinaires, avoient eux-mêmes, depuis nombre d'années ^^ répandu sur leur .profession lin ridicule ineffaçable , par leurs divisions , et par les injures dont ils s'acç^bloient mutuellement.

Ce qui s'étoit passé dans la dernière maladie du cardinal Mazarin y qui avoit dit au roi avant de mourir, que tous ses médecins n'étoient quç des charlatans y le§ scènes bouffonnes qu'ils jouoient tous les jours eutre eux à l'occasion du célèbre vin émétique , les deux procès des facultés de médecine de Rouça et de Marseille, contre les apothicaires des mêmes villes,, en 1664) les sarcasn^es dont se régalèrent les deu]( professions dans leurs écrits public^; tqut cela ne pouvoit qu'altérer beaucoUp la confiance dont cet art ^ besoin , et qu'il l'est conciliée depuis en renonçant à 1^ pédanteriç et à l'empirisme,, et en daignant parler un langage plus hun^ain qi^i les fk ^n^eodre , et du malade, et de çeui^ qui l'entourent.

Les habilfis gens de cette professioi^ qui sont parmi

naos aujourd'hui , ne ressemblent plus aux originaux de rAmùHiT Médecin. Detf dëcouTertes sans nombre ^ faites depuis ce temps-lji, àe& étndes mieux soignées nous dcmnent nécessairement des médecins plus instruits ; et ) comme le dit M. de Voltaire , « lesprit de • raison s'est introduit dans toutes les sciences , et la « politesse* dans toutes les conditions. »

Pourquoi donc les tableaux que Mcdière nous a' laissés des docteurs da son temps nous font-ils rire encore? C'est que les habiles gens de tout état sont toujours en petit nombre; c'est que dans une profes* sion nombreuse, il est inévitable qu'il ne s'y glisse des particuliers qui cherchent à Suppléer aux talens qu'ils n'ont pas , par quelques dehors qui paissent en avoir l'air ; c'est qu'enfin , pour abuser le vulgaire , l'anmenne pédanterie e^ encore , et sera toujours une ressource merveilleuse. Il y aura toujours des gens qui , comme Guenaut *, diront « qu'on ne sauroit attraper l'écu « blanc des ntatadessi on ne les trompe. « •

Ce qu'il j a d'étonnant , c'est que Molière osât, sous les yeux du roi, jouer les quatre premier» médecins de la cour. Seroit-ce abijser de la Qonjeetnre , d'imaginer que notre auteur en avoit au moins prévenu son maître, ou plutôt qu'il avoit reçu de ce maître même \èf conseil de peindre ces nouveaux caractères , comme H en avoit reçu jadis, chez M. Fouquet, celai de peindre le Chasseur des Fâcheux? Le silence des quatfe médecins et celui de leur corps, après 1a repré-

' C'est de ce médecîii qu'un charretier dîsoit plaisamment, hads" soms passer monsUu. le dodeux , c'est U qui nous a fait la grâce de tuer le cardinal. Les Romains , à la mort d'Adrien yi , firent placer sur la porte de son médecin l'inscription suivante : Au libérateur d^ son pays, <

!^g6 AVERTISSEMENÏ

flentaiion de la pièce, fortifie beaucoup cette idée. On n*a qu'à 5e peindre ce que produiroit aujouidliui la liberté que Moliire prit alors,

. « On a joué depuis peu à Varsaifief (écriroit Gui « Patin), une comédie des médecins de la cour, ou « ils ont été traités en ridicules devant^le roi, qui en a « bien ri ; on y met en premier c^ef les cinq premiers « médecins , et par-dessus le marché notre maitie Élie « Beda, autrement, le sieur Desfeugerais , qui est un « grand homme de probité et fort digne de louanges , « si Ton croit ce qu*il en Toudroit persuader. » « Gui Patin, mal informé, compte six médecins, quoiqu'on n'en voie que cinq dans la pièce , et qu'il n'y en ait que quatre connus. Molière voulut au moins déguiser leurs noms , et pria son ami Despréaux , à qui la langue greoque étoit familière , de lui en forger qui leur fussent convenables.

Geux<que lui fournit. le satirique, marquoient en effet le caractère de. chacun de c^ messieurs: il donna à M. Desfougerais celui de Desfonandrés, de 4pit0y je tue, et de mf^iç, homme.

. , A. M. Esppt, qui bredouillôit , celui de Bahis y de fii^uf, aboyer,- *

 M. Guenaut , celui de Macroton , de fuw^iç , longs et de r«Mf , ton , parce qu'il psurloit lentement^ • A M. Dacquin, apôtre de la saignée,; celui de To» mes, de f«/c0r^ coupant.

. On ne nous dit rien du oiilquième médecin qui commence le troisième acte de la pièce et qui s'ap« pelle Fillerin , nom , sans doute , tiré comme les autres du grec, de f/Xôf tftÇoçy ami de la mortf ce qui va très bien à ce qu'il dit lui-même, que ceux qm sont

morts sont maris -, et qu^il a de quoi se passer des vivons.

Il faut remarquer, pour cet ouvrage, comme pour tous ceux où Molière a joué les médecins, qu'il n'en a jamais finit le si^et principal de ses comédies , et qu'il ne les y a placés q«e 'comme caractères secondaires et faits pour égayer l'action à laquelle ils étoieot subordonnés. ;

La liberté de jouer les médecins est aussi ancienne que l'art du thé&tre. Voyez Ari^itopbane , dai\s sà. co* médie des Nuées, ok il dit que ces divinités aériennes servent d'alimens et donnent de l'âme aux sophistes | aux poètes et aux meclecins. /

On trouve parmi les fragm^M des anciens comiques , plus d'un trait plaisant sur les médecins ; nous en transcrirons un ici de Philemon, traduit en 1569 par Henri Etienne.

NuUus etenim medicus, probe si inspexeris, Valere arnicas ne suos quidem cupit.

C'est ce qu'a imité l'auteur de la Double Extra^a^ gance, lorsqu'il a dit, scène m, acte 11 :

Tous ces gens-là, monsieur, à Ft^lérét soumis ^ Haïssent la santé jusque chez leurs amis.

Athénée, dans la version de Daleschamp , page 49^^ dit que rien n'est plus fou qu'un grammairien, à l'exception des médecins. Exceptis medicis nihil esse grammaticis stultius.

Plante , dans ses Méneehmes , acte v, scène m , parle d'un certain médecin ridicule qui se vante d'avoir été

appelé pour remettre une jambe à Escukipe , et un bras à Apollon.

Odiûius tandem vix ah cegroHà venîf, jiit se oèijg^msse cnujmcùim jEscuÙpio, JpoUmi QU$em kntchium

Les scènes iv et ▼ de ce même acte des Méneckmes, ont fourni à Molière la scène 11 du premier acte de Pourceangnac ^ avec le médecin auquel on l'a confié. On peut voir y surtout dans la scène y de Plante, par combien de questions ridicules le médecin annonce sa charlatanerie. '

Montaigne y le plus gaii de nos moralistes , et par conséquent l'écrivain le plus &it pour être connu d'un auteur comique, avoit; consacré le chapitre xxxvii du livre II de ses Essais ^ à des plaisanteries sur les médecins , qu*il n aimoit gnère plus que Molière , et dont ce dernier a bien su profiter dans plus d un endroit.

Cependant, tout ce que notre auteur s^est permis contre les médecins de son temps , est bien au-dessous de ce qu'en écrivoit un de leurs confrères; et il auroit pu dire comme Montaigne, qu'il ne faisoit cpie'les pincer y tandb qu'on les égorgeoit. Eh effet, il n'y a qu'à parcourir les Lettres de Gui Patin, pour voir que Molière fut pour eux un ennemi moins terrible.

Ce savant médecin ne pouvoit supporter la nouveauté^ la variété, et la multiplicité des remèdes qu'on employoit alors. Il slndignoit de l'usage reçu des

' Les Italiens , dans leurs meilleures pièces » ne oiénageoient point les médecins. Voyez la scène m du premier acte de tHypo* crite du fameux Ârétin. Itpkisico.,. un carnefice honorato , ed in dis^ pregio de la giasHtia tede premiarsi de gU komicidi cemmissi, è pero isagkeggia orine, ed un contempla sterckL

«eoreU chimiques et végétaux , du tartre vitriolé , des préparations du laudanum, et surtout du vin 4>iiiéti* que» qu'il appelle du vin émétique à necando, *

«I Pour des spécifiques (dit-il en i66a) , il n'y a que V des charlatans qui se aervent de ce terme* Xe sais bien « que Guenaut ci son confident le vénérable Deslbu« « gérais , et Renaudot y perlent de petites boîtes dans « leurs poches , où il y a de petits grains pour faire » dormir, etc. »

Ailleurs , en parlaut des sieurs DesfougaraiS) Gue* naut, Brayer, Valot, Rainssant, etc., il dit que ces docteurs « tâchent de feiire , d'une profession pUre et « saine , une pure cabale et imposture publique. »

Il va plus loin encore sur le compte du sieur Desfougerais , qu il nomme « charlatan » s'il eu fut jamais. « Homme de bien (ajoute-t-il), à ce qu'il dit, et qui n*a « jamais changé de religion que pour faire fortune^ et « Qiieu:«: avancer se^ enfans. »

S'il parle des médecins de la cour i il les nomme archiatres auliquesy stibiaux, et empiriques de cour^ médiçastes et polipharmaques : chacun d'eux est poui^ lui le médecin de Tacite , qui avoit plus de sécréta que de t^lens, Enuiemus specie artisjrequ^ns secretis.

la fameuse consultation de Yineennes pour le car* dinal Mazarin , lui fait immoler à Jia fois les sieurs Guenaut ^Bray ex» Valot et Desfougerais ; il dit que Brayer veut que la rate soit gâtée, que Guenaut s'en prend au foie, Yalot au poumon^ et Desfougerais au mésentère. Ils sont tous à ses yeux wlici agiota et

' C'étoit pourtant ce yin émétique, qui, en 1658, administré par un médeeîm d'A|»WviBle > malgré Valot , premier médecin , avoit sattyé I9 lie i lA)uis ](Xt> à Calais.

3oo AVEBTISSEMENT

*vers^elles medici, qui quœrunt lucrum per JhuuUs et unposturas.

L epigramme contre le médecin Valot , qui avoit donné à la reine d'Angleterre de l'opium , dont elle étoit morte , fut un triompha pour ce malin docteur. Nous la rapporterons ici comme une nouvelle preuve que Molière avoit pour lui la voix publique.

Le croîrez-Yons I race ftiture, Que la fille du grand Henri * Enty en mourant y même aventure Qne fea son père et son mari ? * Tous trois sont morts par aasassin , RaTaillac, Cromwdl ^ médecin »

Henri d'nn coup de baïonnette»

Charles finit sur un billot , Et maintenant meurt Henriette Par rignorance de Valot.

En voilà plus qu'il n*eto faut pour prouver que Molière n'avoit pas attaqué des gens dont la considération fût bien entière, et qu'il les ménagea plus qu'un homme de leur robe n'avoit fait avant lui.

Le succès de F Amour Médecin dut Satire un grand plaisir à Gui Patin, qui, cependant, dans sa cccio^xii* Lettre, en parle en homme peu instruit, puisqu'il lui donne le titre de F Amour Malade, et qu'il dit que cette pièce se joue à l'hôtel de Bourgogne. « Tout « Paris y court en foule (dit-il), pour voir représenter « les médecins de la cour , et principalement Esprit « et Guenaut , avec des masques faits tout exprès. On « y a ajouté Desfougerais, etc. Ainsi, on se moque de « ceuk qui tuent le monde impunément. »

Lulli £ut le compositeur de la musique du prologue et des intermèdes de cet ouvrage ; mais ce n'est jamais

DE L'ÉDITEUR. ' 3oi

du côté des paroles lyriques qu'il fkut envisager le talent de Molière. Le succès, dans ce genre, appartient sans doute à des esprits d'un ordre inférieur.

Le dénouement yrai, simple et comique dé PAnumr Médecin, peut être considéré comme un des meilleurs qui se trouVent datis le théâtre de Molière. Le grand nombre de copies qu'on s'est efforcé d'en faire prouve le mérite du tableau.

U Histoire du Théâlreyrançoia parle d'une comédie du même titre, de P. de Sainte-Marthe, en x6i8.> L'utile Catalogué de M. le D. de la Y.... doqme aussi une pièce du même titre au sieur Le VcTt; mais ces deux pièces ne sont point connues.

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