ACTE III, SCENE V- 4i
« Dans totfs les lieux dévots elle étale un grand zèle; a Maïs elle met du blanc et veut paraître belle, ce Elle fait des tableaux couvrir les nudités; r< Mais elle a de Paioour pour les réalités, n Pour moi, contre chacun, je pris votre défense, Et leur assurai fcyrt que c'étoit médisance ; Mais tous les sentimens combattirent le mien , Et leur conclusion fut , que vou» feriez bien De prendre moins de soin des actions des autres, Et de vous m(6ttre un peu plus en peine des vôtres ; Qu'on doit se regarder soiiméme un fort long temps, Avant que de songer a condamner les g«ns; Qu'il faut mettre le poids d'une vie exemplaire Dans les corrections qu'aux autres on veut faire; Et qu'encor va^^t-il mieux s'en remettre , au besoin , A ceux k qui le ciel en a commis le soin.
Madame , je vous crois aussi trop raisonnable, Vour ne pas prendre bien cet avis profitable , Et pour ne l'attribuer qu'aux mouvemens secrets D'un zèle qui m'attache à tous vos intérêts.
ARSIlVOé.
A quoi qu'en reprenant on soit assujettie, Je ne m'attendois pas à cette repartie, Madame; et je vois bien, par ce qu'elle a d'aigreur^ Que mon sincère avis vous a blessée au cœur.
G1SLIMÈNE.
Au contraire , madame ; et , si l'on étoit sage , Ces avis mutuels seroient mis en usage.
On détruiroit par là , traitant de bonne foi , Ce grand aveuglement où chacun est pour soi.
4i6 LE MISANTHROPE,
Il ne tiendra qu'à vous qu'avec le même zèle Nous ne continuions! cet .office fidèle, Et ne prenions grand soin de nous dire, entre nous , Ce que nous entendrons, vous, de moi, moi, de vous;
ARSINOE.
Ah , madame ! de vous je ne puis rien entendre ; C'est en moi que Ton peut trouver fort à reprendre.
ëCELIMÈlfS»
Madame , on peut , je crois , louer et Uamer tout ; Et chacun a raison suivant Fâge ou le goût. ] U est une saison pour la galanterie , Il en est une aussi propre, à la pri^derie.
On peut , par .politique , en prendre le parti , Quand de nos jeunes ans Téclat est amortt ; Gela sert à couvrir de lâcheuses disgrâces.
Je ne dis pas quHin jour je ne suive vos traces, L'âge amènera tout; et ce n'est pas le. temps. Madame, comme on sait, d'être prude à vingt ans.
AnsijsioÉ.
Certes, vous vous targuez d'un bien foible avantage, Et vous faites sonner terriblement votre âge. Ce que de plus que vous on en pourroit avoir, N'est pas d'un si grand cas pour s'en tant prévaloir; Et je ne sais pourcjpoi votre âme ainsi s'emporte , Madame , à me pousser de cette étrange sorte.
CELIMÈJTE.
Et moi, je ne sais pas, madame, aussi pourquoi On vous voit en tous lieux vous déchaîner sur moi. Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre? Et puis-je mais des soins qu'on ne va pas vou& rendre ?