‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 265 sur 310 · ACTE III, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VIL

Je ne sais point jouer les hommes en parlant; Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense, { Doit faire en ce pays fort peu de résidence. ' Hors de la cour, sans doute, on n'a pas cet appui ^ £t ces titres d'honneur qu'elle donne aujourd'hui ; Mais on n'a pas aussi, perdant ces avantages, Le chagrin de jouer de fort sots personnages. On n'a point à souffrir mille rebuts cruels, On n'a point à louer les vers de messieurs tels,** A donner de l'encens à madame une telle , Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.

ARSIIïOi.

Laissons, puisqu'il vous plaît, ce chapitre de cour. Mais il faut que mon cœur vous plaigne en votre amour j Et , pour vous découvrir là-dessus mes pensées ^ Je souhaiterois fort vos ardeurs mieux placées. Vous méritez, sans doute, un sort beaucoup plusdoux^ Et celle qui vous charme est indigne de vous.

ALCESTE

Maïs en disant cela, songez- vous, je vous prie^ Que cette personne est, madame, votre amie?

Oui; mais ma conscience est blessée en effet.

De souffrir plus long-temps le tort que l'on vous fait.

L'état où je vous vois afflige trop mon âme.

Et je vous donne avis qu'on trahit votre flamme. .

ALC£ST£

c'est me montrer, madame , un tendre mouvement ^ Et de pareils avis obligent un amant.

42a LE MISANTHROPE,

ARSINOÉ

Oui, toute mon amie, elle est, et je la nomme Indigne d'asservir le cœur d'un galant homme; Et le sien n'a pour vous que de feintes douceurs.

ALCESTE

Gela se peut, madame, on ne voit pas les cœurs; Mais votre charité se seroit bien passée De jeter dans le mien une telle pensée.

ARSinOE.

Si vous ne voulez pas être désabusé,

Il faut ne vous rien dire , il est assez aisé.

ALGESTE.

Non ; mais sur ce sujet , quoi que l'on nous expose , Les doutes sont fâcheux plus que toute autre chose; Et je voudrois, pour moi , qu'on ne me fît savoir Que ce qu'avec clarté l'on peut me faire voir.

AHSINOi.

Eh bien, c'est assez dit; et, sur cette matière,

Vous allez recevoir une pleine lumière.

Oui, je veux que de tout vos yeux vous fassent foi.

Donnez-moi seulement la main jusque chez moi;

Là , je vous ferai voir une preuve fidèle

De l'infidélité du cœur de votre belle ;

Et, si pour d'autres yeux le vôtre peut brûler,

On pourra vous offrir de quoi vous consoler.

Page 1