ACTE IV, SCENE I
PHILINTE
Mais croyez- vous qu'on Taime , aux choses qu'on peut voir?
C'est un point qu'il n'est pas fort aisé de savoir. Comment pouvoir juger s'il est vrai qu'elle l'aime? Son cœur, de ce qu'il sent , n'est pas bien sûr lui-même; Il aime quelquefois sans qu'il le sache bien, Et croit aimer aussi , parfois , qu'il n'en est rien.
PHILINTE
Je crois que notre ami , près de cette cousine ; Trouvera des chagrins plus qu*il ne s'imagine; Et s'il avoit mon cœur, à dire vérité, Il tourneroit ses vœux tout d'un autre côté ; Et, par un choix plusjuste, on le verroit, madame, Profiter des bontés que lui montre votre âme.
ÉLIANTE
Pour moi, je n'en fais point de façons; et je croi Qu'on doit, sur de tels points, être de bonne foi. Je ne m'oppose point à toute «a tendresse , Au contraire, mon cœur pour elle s'intéresse; Et si c'étoit qu'à moi la chose pût tenir, . Moi-même, à ce qu'il aime, on me verroit l'unir. Mais si dans un tel choix , comme tout se peut faire , Son amour éprouvoit quelque destin contraire. S'il falloit que d'un autre on couronnât les feux, Je pourrois me résoudre à recevoir ses vœux ; Et le refus souffert en pareille occurrence, Ne m'y feroit trouver aucune répugnance.
PHILIICTE.
Et moi , de ipon côté, je ne m'oppose pas ,
Madame , à ces bontés qu'ont pour lui vos appas ; Et lui-même , s'il veut, il peut bien vous instruire De ce que là<<]essus j'ai pris soin de lui dire. Mais si par un hymen, qui les joindroit eux deux, Vous étiez hors d'état de recevoir ses vœux^ Tous les miens tenteroient la faveur éclatante Qu'avec tant de bonté votre âme lui présente. Heureux, si, quand son cœur s'y pourra dérober. Elle pouvoit sur moi , madame , retomber.
^ ÉLIANTE
Vous vous divertissez, Phîlinte.
PHILIITTE.
Non, madame; Et je vous parle ici du meilleur de mon âtiie. J'attends l'occasion de m'ofTrir hautement, Et de tous mes souhaits j'en presse le moment.