‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 309 sur 310 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

'^ Pour trouyer tout en moi , comme moi tout en yous.

Dufresny auroit-il voulu parodier ce vers médiocre dans sa comédie , quelquefois plaisante , mais peu naturelle du Dédit, scène y m ?

Tout en yous étant beau , tout en moi vous aimant, Tout en moi tout en 'vous par un rapport charmant, Tout en vous tout en moi demande mariage.

Il semble au premier coup d'œil, et c'est une observation qui nous a été communiquée par un homme de l'art, que le m' acte du Misanthrope est , comme on dit en termes du métier, un enfant perdu, et qu'il pourroit être séparé de la pièce sans que la marche de Faction en fût retardée : ce qui seroit un défaut considérable.

Cette opinion est fondée principalement sur ce qu'Alcestc sort au second acte pour se rendre à l'assignation qu'il a reçue de la part de messieurs les n^réchaux, et que le IV* acte commence par le récit du raccommodement qui a été ordonné à ce tribunal ; mais si l'on fait attention que c'est dans ce m* acte que la prude Arsinoé cherche à détacher le Misanthrope de Célimènê , et que , sur le refus qu'il fait de la croire sur sa parole , elle doit lui donner dans l'entr'acte des preuves convaincantes de l'infidélité de sa maîtresse ^ ce qui produit les scènes principales et brillantes

du iv^ acie ; on conviendra que ce Mie acte if^ seroit pas si facile à'-supprimer qu'on le croit.

C'est d'ailleurs dans ce m* acte que la Traie fatuité franiçoise et la pruderie sont peintes avec des couleurs si fortes ^ si vraies y que ce seul mérite rend cet acte aussi précieux au théâtre que les autres.

Le sieur Riccoboni^ dans son Traité de la B.éformatio7i . du théâtre y fait grâce au Misanthrope, et voici ses raisons :

«c La coquetterie de Célimène est punie par la honte et « par l'abandon de ses amans : le Misanthrope , de son « côté, a sa bonne part de la punition que méritoit sou m imprudence de s'être attaché à Célimène par prédilectibn , a lui qui haïssoit tout le genre humain ; voilà , à ce que je « crois, la correction , et l'instruction que l'on doit cher^

« cher dans une fable dramatique et je crois que la

« comédie du Misanthrope, mérite d'être conservée , et « qu'elle est très digne à%tve admise au théâtre. »

Le projet de jouer la vertu n'avoit donc point frappé cet acteur étranger, si versé dans son ait et si rigoureux du côté des mœurs. Pourquoi donc avoir été rechercher dans les écrits du célèbre archevêque de Cambrai, la seule erreur de goût qui s'y ttouve peut-être , et que son état fmt excuser chez lui ?

En 1745? Louise Bergalli, Vénitienne, et de l'Académie des Arcades , fit une comédie intitulée la Misanthropie , imitée , dit-elle , de Molière ; il faut redouter de se prévenir; mais une. imitation d'un des chefs-d'œuvre de notre auteur, est une tâche bien forte pour une femme. La misanthropie , d'ailleurs , est moins le ridicule de son sexe que du nôtre.

FIN DtJ TROISIEME VOLUME.

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