‹ œuvres de moliere, avec des remarques grammaticales, des avertissemens, et des observatioonsChapitre 8 sur 310 · ARBA.TE · texte numérisé non relu

ARBA.TE

Ce silence rêveur, dont la sombre habitude Vous fait à tous momens chercher la solitude; Ces longs soupirs que laisse échapper votre cœur, Et ces fixes regards si chargés de langueur, Disent beaucoup , sans doute , à des gens de mon âge ; Et je pense , seigneur, entendre ce langage : Mais, sans votre congé, de peur de trop risquer. Je n'ose m'enhardir jusques à Texpliquer.

EURIALE»

Explique, explique, Arbate, avec toute licence?

Ces soupirs, ces regards, et ce morne silence.

Je te permets ici de dire que TAmour

M'a rangé sous ses lois , et me brave à son tour ;

Et je consens encor que ta me fasses honte

Des foiblesses d'un cceur qui souffre qu'on le dompte.

ARBATE.

Moi, VOUS blâmer, seigneur, des tendres mouventens Oii je vois qu'aujourd'hui penchent' vos sentimens? Le chagrin des vieux jours ne peut aigrir mon âme Contre les doux transports de Tamoureuse flamme ; Et, bien que mon sort touche à ses' derniers soleils, Je dirai que l'amour sied bien à vos pareils ', ' Que ce tribut qu'on rend aux traits d'un beau visage. De la beauté d'une âme est un clair témoignage ; Et qu'il est malaisé que, sans être amoureux. Un jeune prince éoit et grand et généreux.

C'est une qualité que j'aime en un monarque; La tendresse du ceeur est une grande marque Que d'un prince à votre âge on peut tout présumer, Dès qu'on voit que son âme est capable d'aimer. Oui, celte passion, de toutes la plus belle.

Traîne dans un esprit cent vertus après elle ; Ajux nobles actions elle pousse les cœurs.

Et tous les grands héros ont senti ses ardeurs. Devant mes yeux, seigneur, a passé votre enfance , Et j'ai de voft vertus vu fleurir l'espérance ; Mes regards observoient en vous deà qualités Où je reconnoîssois le sang dont vous sortez; J'y découvris un fond d'esprit et de lumière ; Je vous trouvois bien fait^ l'air grand et Pâm^ flèire; Votre cœur, votre adresse, éclatoient chaque jour : Mais je m'inquiétois de ne point voir d'amour; Et puisque les langueurs d'une plaie invincible Nous montrent que votre âme à ses traits est sensible^ Je triomphe ; et mon cœur , d'allégresse rempli ,

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