SCENE IV. i
J'aime le jeu , les visites , les assemblées, les cadeaux et les promenades; en un mot, toutes les choses de plaisir : et vous devez être ravi d'avoir une femme de mon humeur. Nous n'aurons jamais aucun démêlé ensemble , et je ne vous contraindrai point dans vos actions, comme j'espère que, de votre côté, vous ne me contraindrez point dans les miennes; car, pour moi , je tiens qu'il faut avoir une complaisanree mutuelle , et qu'on ne se doit point marier pour se faire enrager l'un l'autre. Enfin, nousvi* vrons, étant mariés, comme deux personnes qui savent leur monde. Aucun soupçon jaloux ne nous troublera la cervelle; et c'est assez que vous serez ^ assuré de ma fidélité , comme je ^rai persuadée de la vôtre. Mais qu'avez-vous ? je vous vois tout changé de visage?
»GANARELLE.
Ce sont quelques vapeurs qui me viennent de monter à la tête.
l>ORIMÈNE.
C'est un mal aujourd'hui qui attaque beaucoup de gens ; mais notre mariage vous dissipera tout cela. Adieu. Il me tarde déjà que je n'aie des habits raisonnables pour quitter vite ces guenilles. Je m'en vais de ce pas achever d'acheter toutes les choses qu'il me faut , et je vous envoyerai les marchands.
i38 LE MARIAGE FORCÉ,