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le cœur un charme secret qu'il est impossible d'exprimer ; l'ame est saisie de ces ravissements que les dieux ne sentent eux-mêmes que lorsqu'ils sont dans la demeure céleste.
Tout ce que la nature a de riant est joint à tout ce que l'art a pu imaginer de plus noble et de plus digne des dieux.
Une main , sans doute immortelle , l'a partout orné de peintures qui semblent respirer. On y voit la naissance de Vénus , le ravissement des dieux qui la virent, son embarras de se voir toute nue , et cette pudeur qui est la première des grâces.
On y voit les amours de Mars et de la déesse. Le peintre a représenté le dieu sur son char ^ fier et même terrible : la Renommée vole autour de lui; la Peur et la Mort marchent devant ses coursiers couverts d'écume ; il entre dans la mêlée , et une poussière épaisse commence à le dérober. D'un autre côté , on le voit couché languissamment sur un lit de roses ; il sourit à Vénus; vous ne le reconnoissez qu'à quelques traits divins qui restent encore. Les Plaisirs font des guirlandes dont ils lient les deux amants : leurs yeux semblent se confondre ; ils soupirent; et, attentifs l'un à l'autre , ils ne regardent pas les Amours qui se jouent autour d'eux.
Il y a un appartement séparé où le peintre a
lu LE TEMPLE DE GNIDE.
représenté les noces de Vénus et deVulcain : toute la cour céleste y est assemblée. Le dieu paroît moins sombre, mais aussi pensif qu'à l'ordinaire. La déesse regarde d'un air froid la joie commune; elle lui donne négligemment une main qui semble se dérober ; elle retire de dessus lui des regards qui portent à peine , et se tourne du côté des Grâces.
Dans un autre tableau on voit Junon qui fait la cérémonie du mariage. Vénus prend la coupe pour jurer à Vulcain une fidélité éternelle: les dieux sourient , et Vulcain l'écoute avec plaisir.
De l'autre côté on voit le dieu impatient qui entraîne sa divine épouse : elle fait tant de résistance que l'on croiroit que c'est la fille de Gérés que Pluton va ravir, si l'œil qui voit Vénus pouvoit jamais se tromper.
Plus loin de là on le voit qui l'enlève pour l'emporter sur le lit nuptial. Les dieux suivent en foule. La déesse se débat et veut échapper des bras qui la tiennent. Sa robe fuit ses genoux, la toile vole; mais Vulcain répare ce beau désordre , plus attentif à la cacher qu'ardent à la ravir.
Enfin on le voit qui vient de la poser sur le lit que l'Hymen a préparé : il l'enferme dans les rideaux , et il croit l'y tenir pour jamais. La
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troupe importune se retire : il est charmé de la voir s'éloigner. Les déesses jouent entre elles : mais les dieux paroissent tristes ; et la tristesse de Mars a quelque chose d'aussi sombre que la noire jalousie.
Charmée de la magnificence de son temple , la déesse elle-même y a voulu établir son culte : elle en a réglé les cérémonies , institué les fêtes : et elle y est en même temps la divinité et la prêtresse.
Le culte qu'on lui rend presque par toute la terre est plutôt une profanation qu'une religion. Elle a des temples où toutes les filles de la ville se prostituent en son honneur, et se font une dot des profits de leur dévotion. Elle en a où chaque femme mariée va une fois en sa vie se donner à celui qui la choisit, et jette dans U sanctuaire l'argent qu'elle a reçu. Il y en a d'au très où les courtisanes de tous les pays , plus honorées que les matrones, vont porter leurs offrandes. Il y en a enfin où les hommes se font eunuques , et s'habillent en femmes pour servir dans le sanctuaire , consacrant à la déesse et le sexe qu'ils n'ont plus et celui qu'ils ne peuvent pas avoir.
Mais elle a voulu que le peuple de Gnide eût un culte plus pur, et lui rendît des honneurs plus dignes d'elle. Là, les sacrifices sont des soupirs»
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et les offrandes un cœur tendre. Chaque amant adresse ses vœux à sa maîtresse , et Vénus les reçoit pour elle.
Partout où se trouve la beauté on l'adore comme Vénus même; car la beauté est aussi divine qu'elle.
Les cœurs amoureux viennent dans le temple; ils vont embrasser les autels de la Fidélité et de la Constance.
Ceux qui sont accablés des rigueurs d'une cruelle y viennent soupirer : ils sentent diminuer leurs tourments ; ils trouvent dans leur cœur la flatteuse espérance.
La déesse , qui a promis de faire le bonheui des vrais amants , le mesure toujours à leurs peines.
La jalousie est une passion qu'on peut avoir, mais qu'on doit taire. On adore en secret les caprices de sa maîtresse , comme on adore les décrets des dieux , qui deviennent plus justes lorsqu'on ose s'en plaindre.
On met au rang des faveurs divines le feu, les transports de l'amour, et la fureur même; car moins on est maître de son cœur, plus il est à la déesse.
Ceux qui n'ont point donné leur cœur sont des profanes qui ne peuvent pas entrer dans le temple : ils adressent de loin leurs vœux à la déesse , et
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lui demandent de les délivrer de cette liberté, qui n'est qu'une impuissance de former des désirs.
La déesse inspire aux filles la modestie : cette qualité charmante donne un nouveau prix à tous les trésors qu'elle cache.
Mais jamais, dans ces lieux fortunés, elles n'ont rougi d'une passion sincère, d'un sentiment naïf, d'un aveu tendre.
Le cœur fixe toujours lui-même le moment auquel il doit se rendre; mais c'est une profanation de se rendre sans aimer.
L'Amour est attentif à la félicité des Gnidiens : il choisit les traits dont il les blesse. Lorsqu'il voit une amante affligée, accablée des rigueurs d'un amant, il prend ime flèche trempée dans les eaux du fleuve d'oubli. Quand il voit deux amants qui commencent à s'aimer, il tire sans cesse sur eux de nouveaux traits. Quand il en voit dont l'amour s'affoiblit, il le fait soudain renaître ou mourir; car il épargne toujours les derniers jours d'une passion languissante: on ne passe point par les dégoûts avant de cesser d'aimer , mais de plus grandes douceurs font oublier les moindres.
L'amour a ôté de son carquois les traits cruels dont il blessa Phèdre et Ariane , qui , mêlés d'amour et de haine, servent à montrer sa puissance, comme la foudre sert à faire connoître l'empire de Jupiter.
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A mesure que le dieu donne le plaisir d'aimer, Vénus y joint le bonheur de plaire.
Les filles entrent chaque jour dans le sanctuaire pour faire leur prière à Vénus. Elles y expriment des sentiments naïfs comme le cœur qui les a fait naître. Reine d'Amatlionte, disoit l'une d'elles, ma flamme pour Thyrsis est éteinte : je ne te demande pas de me rendre mon amour; fais seulement qu'Ixiphile m'aime.
Une autre disoit tout bas : Puissante déesse, donne-moi la force de cacher quelque temps mon amour à mon berger, pour augmenter le prix de l'aveu que je veux lui en faire.
Déesse de Cythère, disoit une autre, je cherche la solitude; les jeux de mes compagnes ne me plaisent plus. J'aime peut-être. Ah î si j'aime quelqu'un , ce ne peut être que Daphnis.
Dans les jours de fêtes, les filles et les jeunes garçons viennent réciter des hymnes en l'honneur de Vénus ; souvent ils chantent sa gloire en chantant leurs amours.
Un jeune Gnidien, qui tenoit par la main sa maîtresse , chantoit ainsi : Amour, lorsque tu vis Psyché, tu te blessas sans doute des mêmes traits dont tu viens de blesser mon cœur : ton bonheur n'est pas différent du mien; car tu sentois mes feux , et moi j'ai senti tes plaisirs.
3 'ai vu tout ce que je décris. J'ai été à Gnide,
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j'y ai vu Thémire, et je l'ai aimée; je l'ai vue encore, et je l'ai aimée davantage. Je resterai toute ma vie à Gnideavec elle; et je serai le plus heureux des mortels.
Nous irons dans le temple , et jamais il n'y sera entré un amant si fidèle ; nous irons dans le palais dé Vénus, et je croirai que c'est le palais de Thémire; j'irai dans la prairie, et je cueillerai des fleurs que je mettrai sur son sein. Peut-être que je pourrai la conduire dans le bocage où tant de routes vont se confondre ; et quand elle sera
égarée L'amour, qui m'inspire, me défend de
révéler ses mystères.