‹ Œuvres de Montesquieu (volume 2)Chapitre 55 sur 96 · SUR L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

SUR L ANGLETERRE

communes le rejettent elles-mêmes : de façon que , par ces belles idées , les seigneurs augmentèrent la peine tant contre le corrupteur que le corrompu. Dix à cinq cents mirent que ce seroit les juges ordinaires qui jugeroient les élections , et non la chambre; qu'on suivroit toujours le dernier préjugé dans chaque cour. Mais les communes, qui sentoient peut-être l'artifice ou voulurent s'en prévaloir, le passèrent aussi , et la cour fut contrainte de faire de même. Depuis ce temps, la cour a perdu , dans les nouvelles élections qui ont été faites , plusieurs membres , lesquels ont été choisis parmi les gros propriétaires de fonds de terres; et il sera difficile de faire un nouveau parlement au gré de la cour ; de façon que l'on voit que le plus corrompu des parlemens est celui qui a le plus assuré la liberté publique.

Ce bill est miraculeux, car il a passé contre la volonté des communes , des pairs et du roi.

Autrefois le roi avoit en Angleterre le quart des biens, les seigneurs un autre quart, le clergé un autre quart ; ce qui faisoit que, les seigneurs et le clergé se joignant, le roi étoit toujours battu. Henri VII permit aux seigneurs d'aliéner, et le peuple acquit; ce qui éleva les communes. 11 me semble que le peuple a eu, sous Henri VII, les biens de la noblesse ; et, sous Henri VIII, la no-

blesse a eu les biens du clergé. Le clergé , sous le ministère de la reine Anee, a repris des forces , et il s enrichit tous les ans de beaucoup. Le ministère anglois, qui vouloit avoir le clergé , obtint de la piété de la reine Anne qu'elle lui laisseroit de certains biens royaux, comme la première année du revenu de chaque évéché , et quelque autre chose , montant à quartorze mille livres sterling par an , pour suppléer aux pauvres bénéfices , avec cette clause que les ecclésiastiques y ont fait mettre : Que tout bénéficier qui demanderoit l'application de partie de cette somme seroit obligé d'en mettre autant de son bien pour augmenter le revenu du bénéfice; et de plus, il a passé qu'on pourroit donner à l'église , même par testament; ce qui a abrogé l'ancienne loi, et fait que le clergé ne laisse pas de s'enrichir, malgré le peu de religion de l'Angleterre. Le ministère wigh n'auroit pas fait cela; mais il n'a pas osé le changer, car il a toujours besoin du clergé.

Je crois qu'il est de l'intérêt de la France de maintenir le roi en Angleterre; car une république seroit bien plus fatale : elle agiroit par toutes ses forces, au lieu qu'avec un roi elle agit avec des forces divisées. Cependant les choses ne peuvent pas rester long-temps comme cela.

Là où est lé bien , est le pouvoir ; la noblesse

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