‹ Œuvres de Montesquieu (volume 3)Chapitre 140 sur 168 · Li:iTKES PEllSAJ\i:S · texte numérisé non relu

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un grand bonheur pour le monde que Fagrandissenient prodigieux de la république romaine, s'il n'y avoit pas eu cette différence injuste entre les citoyens romains et les peuples vaincus; si l'on avoit donné aux gouverneurs des provinces une autorité moins grande ; si les lois si saintes pour empêcher leur tyrannie avoient été observées ; et s'ils ne s'étoient pas servis pour les faire taire des mêmes trésors que leur injustice avoit amassés.

11 semble que la liberté soit faite pour le génie des peuples d'Europe , et la servitude . pour celui des peuples d'Asie. C'est en vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce précieux trésor : cette nation lâche le refusa , et elle courut à la servitude avec le même empressement que les autres peuples couroient à la liberté.

César opprima la république romaine, et la soumit au pouvoir arbitraire.

L'Europe gémit long- temps sous un gouvernement militaire et violent : et la douceur romaine fut changée en une cruelle oppression.

Cependant une infinité de nations inconnues sortirent du Nord, se répandirent comme des torrents dans les provinces romaines ; et, trouvant autant de facilité à faire des conquêtes qu'à exercer leurs pirateries, elles démembrèrent l'empire, et fondèrent des royaumes. Ces peuples étoient libres ; et ils bornoient si fort l'autorité de leurs rois qu'ils n'é-

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toient proprement que des chefs ou des généraux. Ainsi ces royaumes , quoique fondés par la force , ne sentirent point le joug du vainqueur. Lorsque les peuples d'ilsie, comme les Turcs et les Tartares, firent des conquêtes , soumis à la volonté d'un seul , ils ne songèrent qu'à lui donner de nouveaux sujets, et à établir par les armes son autorité violente : mais les peuples du Nord , libres dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnèrent point à leurs chefs une grande autorité. Quelques uns même de ces peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne, déposoient leurs rois dès qu'ils n'en étoient pas satisfaits; et, chez les autres, l'autorité du prince étoit bornée de mille manières différentes : un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui ; les guerres n'étoient entreprises que de leur consentement; les dépouilles étoient partagées entre le chef et les soldats; aucun impôt en faveur du prince ; les lois étoient faites dans les assemblées delà nation. Voilà le principe fondamental de tous ces états qui se formèrent des débris de l'empire romain.

De Veoise, le 20 de la lune de Rhégeb, 1719-

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