‹ Œuvres de Montesquieu (volume 3)Chapitre 163 sur 168 · ZACHI A USBEK · texte numérisé non relu

ZACHI A USBEK

A Paris.

O ciel! un barbare m'a outragée jusque dans la manière de me punir ! 11 m'a infligé ce châtiment qui commence par alarmer la pudeur ; ce châtiment qui met dans l'humiliation extrême ; ce châtiment qui ramène pour ainsi dire à l'enfance.

Mon ame, d'abord anéantie sous la honte , reprenoit le sentiment d'elle-même, et commençoit à s'indigner, lorsque mes cris firent retentir les voûtes de mes appartements. On m'entendit demander grâce au plus vil de tous les humains, et tenter sa pitié à mesure qu'il étoit plus inexorable.

Depuis ce temps , son ame insolente et servile s'est élevée sur la mienne. Sa présence, ses regards , ses paroles , tous les malheurs , viennent m'accabler. Quand je suis seule , j'ai du moins la consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre à ma vue , la fureur me saisit ; je la trouve impuissante , et je tombe dans le désespoir.

Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes

ces barbaries. Il voudroit m'ôter mon amour, et profaner jusqu'aux sentiments de mon cœur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais plus me plaindre , je ne puis plus que mourir.

J'ai soutenu ton absence et j'ai conservé mon amour par la force de mon amour. Les nuits , les jours , les moments , tout a été pour toi. Tétois superbe de mon amour même; et le tien me faisoit respecter ici. Mais à présent... Non , je ne puis plus soutenir l'bumiliation où je suis descendue. Si je suis innocente, reviens pour m'aimer : reviens, si je suis coupable , pour que j'expire à tes pieds.

Du sérail d'Ispaban, le 2 de la lune de Maharram , 1720.

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LETTRE GLVIIL

ZÉLIS A USBEK

A Paris.

A mille lieues de moi , vous me jugez coupable ! à mille lieues de moi , vous me punissez !

Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains , il agit par votre ordre : c'est le tyran qui m'outrage , et non celui qui exerce la tyrannie.

Vous pouvez , à votre fantaisie , redoubler vos mauvais traitements. Mon cœur est tranquille

LFTTRBS PERSANES.

depuis qu'il ne peut plus vous aimer. Votre ame se dégrade , et vous devenez cruel : soyez sûr que vous n'êtes point heureux. Adieu.

Du sérail d'Ispahan, le a de la lune de Mabarram, 1720.

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