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elles me trouvent au devant de tous leurs plaisirs les plus innocents : je me présente toujours à elles comme une barrière inébranlable : elles forment des projets, et je les arrête soudain : je m'arme de refus; je me hérisse de scrupules; je n'ai jamais dans la bouche que les mots de devoir, de vertu , de pudeur, de modestie. Je les désespère en leur parlant sans cesse de la foiblesse de leur sexe et de l'autorité du maître: je me plains ensuite d'être obligé à tant de sévérité , et je semble vouloir leur faire entendre que je n'ai d'autre motif que leur propre intérêt, et un grand attachement pour elles. Ce n'est pas qu'à mon tour je n'aie un nombre infini de désagréments, et que tous les jours ces femmes vindicatives ne cherchent à renchérir sur ceux que je leur donne. Elles ont des revers terribles. 11 y a entre nous comme un flux et un reflux d'empire et de soumission : elles font toujours tomber sur moi les emplois les plus humiliants : elles affectent un mépris qui n'a point d'exemple; et, sans égard pour ma vieillesse, elles me font lever la nuit dix fois pour la moindre bagatelle : je suis accablé sans cesse d'ordres, de commandements, d'emplois, de caprices : il semble qu'elles se relaient pour m'exercer, et que leurs fantaisies se succèdent. Souvent elles se plaisent à me faire redoubler de soins ; elles me font faire de fausses confidences : tantôt on vient me dire qu'il a paru un jeune homme autour
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(le ces murs; une autre fois, qu'on a entendu du bruit, ou bien qu'on doit rendre une lettre. Tout ceci me trouble; et elles rient de ce trouble, elles sont charmées de me voir ainsi me tourmenter moimême. Une autre fois elles m'attachent derrière leur porte, et m'y enchaînent nuit et jour. Elles savent bien feindre des maladies, des défaillances , des frayeurs : elles ne manquent pas de prétextes pour me mener au point où elles veulent. Il faut dans ces occasions une obéissance aveugle et une complaisance sans bornes : un refus dans la bouche d'un homme comme moi seroit une chose inouïe ; et si je balançois à leur obéir, elles seroient en droit de me châtier. J'aimerois autant perdre la vie, mon cher Ibbi , que de descendre à cette humiliation.
Ce n'est pas tout : je ne suis jamais sûr d être un instant dans la faveur de mon maître : j'ai autant d'ennemis dans son cœur qui ne songent qu'à me perdre : elles ont des quarts d'heure où je ne suis point écouté, des quarts d'heure où l'on ne refuse rien, des quarts d'heure où j'ai toujours tort. Je mène dans le lit de mon maître des femmes irritées: crois-tu que l'on y travaille pour moi , et que mon parti soit le plus fort? Tai tout à craindre de leurs larmes, de leurs soupirs, de leurs embrassements et de leurs plaisirs même : elles sont dans le Heu de leurs triomphes : leurs charmes me deviennent terribles; les services présents effacent dans un
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moment tous mes services passés ; rien ne peut me répondre d'un maître qui n'est plus à lui-même. Combien de fois m'est -il arrivé de me coucher dans la faveur et de me lever dans la disgrâce ! Le jour que je fus fouetté si indignement autour du sérail, qu'avois-je fait? Je laissai une femme dans les bras de mon maître; dès qu'elle le vit enflammé, elle versa un torrent de larmes ; elle se plaignit , et ménagea sibien ses plaintes qu'elles augmentoient à mesure del'amour qu'elle faisoit naître. Comment aurois-je pu me soutenir dans un moment si critique? Je fus perdu lorsque je m'y attendois le moins; je fus la victime d'une négociation amoureuse, et d'un traité que les soupirs avoient fait. Voilà, cher Ibbi, l'état cruel dans lequel j'ai toujours vécu.
Que tu es heureux! tes soins se bornent uniquement à la personne d'Usbek; il t'est facile de lui plaire et de te maintenir dans sa faveur jusqu'au dernier de tes jours.
Du sérail d'Ispalian, le dernier de la lune de Saphar 17 ii.
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