USBEK AU MOLLAK MEHEMET ALI
Je ne puis, divin mollak, calmer mon impatience ; je ne saurois attendre ta sublime réponse. J'ai des doutes , il faut les fixer : je sens que ma raison s'égare; ramène-la dans le droit chemin ; viens m'éclairer, source de lumière ; foudroie avec ta plume divine les difficultés que je vais te proposer; fais-moi pitié de moi-même, et rougir de la question que je vais te faire.
D'où vient que notre législateur nous prive de la chair de pourceau et de toutes les viandes qu'il appelle immondes? D'où vient qu'il nous défend de toucher un corps mort , et que , pour purifier notre ame, il nous ordonne de nous laver sans cesse le corps. 11 me semble que les choses ne sont en elles-mêmes ni pures ni impures; je ne puis concevoir aucune qualité inhérente au sujet qui puisse les rendre telles. La boue ne nous paroît sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque autre de nos sens, mais en elle-même elle ne l'est pas plus que l'or et les diamants. L'idée de souillure contractée par l'attouchement d'un cadavre ne nous est venue que d'une certaine répugnance naturelle que nous en avons. Si les
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corps de ceux qui ne se lavent point ne blessoient ni l'odorat, ni la vue , comment auroit-on pu s'imaginer qu'ils fussent impurs?
Les sens, divin mollak, doivent donc être les seuls juges de la pureté ou de l'impureté des choses. Mais comme les objets n'affectent point les hommes de la même manière, que ce qui donne une sensation agréable aux uns en produit une dégoûtante chez les autres , il suit que le témoignage des sens ne peut servir ici de règle, à moins qu'on ne dise que chacun peut à sa fantaisie décider de ce point, et distinguer pour ce qui le concerne les choses pures d'avec celles qui ne le sont pas.
Mais cela même, sacré mollak, ne renverseroit-il pas les distinctions établies par notre divin prophète et les points fondamentaux de la loi qui a été écrite de la main des anges?
D'Erzeron, le 20 de la lune de Gcmœadi, 2, 171 1.
LETl'RES PERSANES.