‹ Œuvres de Montesquieu (volume 3)Chapitre 7 sur 168 · XXIV KLOGE DE MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

XXIV KLOGE DE MONTESQUIEU

le moindre reproche qu'on ait a leur faire. Ce n'est pas sans regret et sans honte pour notre siècle que nous allons les dévoiler : mais cette histoire importe trop à la gloire de IVL de Montesquieu et à l'avantage de la philosophie pour être passée sous silence. Puisse l'opprohre qui couvre enfin ses ennemis leur devenir salutaire !

A peine X Esprit des lois parut-il, qu'il fut recherché avec empressement sur la réputation de l'auteur : mais, quoique M. de Montesquieu eût écrit pour le bien du peuple, il ne devoit pas avoir le peuple pour juge ; la profondeur de l'objet étoit une suite de son importance même. Cependant les traits qui étoient répandus dans l'ouvrage, et qui auroientété déplacés s'ils n'étoient pas nés du fond du sujet, persuadèrent à trop de personnes qu'il étoit écrit pour elles. On cherchoit un livre agréable, et on ne trouvoit qu'un livre utile, dont on ne pouvoit d'ailleurs sans quelque attention saisir l'ensemble et les détails. On traita légèrement Y Esprit des lois ; le titre même fut un sujet de plaisanterie ^ ; enfin l'un des plus beaux monuments littéraires qui soient sortis de notre nation, fut regardé d'abord par elle avec assez d'indifférence. Il fallut que les véritables juges eussent eu le temps de lire : bientôt ils ramenèrent la multitude toujours prompte à changer d'avis. La partie du public qui enseigne dicta à la partie qui écoute ce qu'elle devoit penser et dire; et le suffrage des hommes éclairés,

' M. de Montesquieu , disoit-on, devoit intituler son livre, de Y Esprit sur les lois.

Page 1