‹ Œuvres de Montesquieu (volume 3)Chapitre 75 sur 168 · I-KTTlir.S Pi.RSAMS' 1 J · texte numérisé non relu

I-KTTlir.S Pi.RSAMS' 1 J

sensiblement tout ce qui lui reste d'asiatique , et se plie sans effort aux mœurs européennes. Je ne suis plus si étonné de voir dans une maison cinq ou six femmes avec cinq ou six hommes , et trouve que cela n'est pas mal imaginé.

Je le puis dire : je ne connois les femmes que depuis que je suis ici : j'en ai plus appris dans un mois que je n'aurois fait en trente ans dans un sérail.

Chez nous les caractères sont tous uniformes , parce qu'ils sont forcés : on ne voit point les gens tels qu'ils sont , mais tels qu'on les oblige d'être : dans cette servitude du cœur et de l'esprit on n'entend parler que la crainte, qui n'a qu'un langage, et non pas la nature, qui s'exprime si différemment, et qui paroît sous tant de formes.

La dissimulation, cet art parmi nous si pratiqué et si nécessaire , est ici inconnue : tout parle, tout se voit, tout s'entend, le cœur se montre comme le visage; dans les mœurs , dans la vertu , dans le vice même, on aperçoit toujours quelque chose de naïf.

II faut pour plaire aux femmes un certain talent différent de celui qui leur plaît encore davantage : il consiste dans une espèce de badinage dans l'esprit , qui les amuse en ce qu'il semble leiu^ promettre à chaque instant ce qu'on ne peut tenir <]He dans de trop longs intervalles.

iSa LEFIRES PERSAN Eir.

Ce badinage , naturellement fait pour les toilettes, semble être parvenu à former le caractère général de la nation : on badine au conseil, on badine à la tête d'une armée , on badine avec un ambassadeur. Les professions ne paroissent ridicules qu'à proportion du sérieux qu'on y met ; un médecin ne le seroit plus, si ses habits étoient moins lugubres , et s'il tuoit ses malades en badinant.

De Paris, le lo de la lune de Rebiab , i, 1714.

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