‹ Œuvres de Montesquieu (volume 3)Chapitre 93 sur 168 · LE GRAND EUNUQUE NOIR A USBEK · texte numérisé non relu

LE GRAND EUNUQUE NOIR A USBEK

A Paris.

Hier des Arméniens menèrent au sérail une jeune esclave de Gircassie, qu'ils vouloient vendre. Je la fis entrer dans les appartements secrets , je la déshabillai, je l'examinai avec les regards d'un juge; et plus je l'examinai, plus je lui trouvai de grâces. Une pudeur virginale sembloit vouloir les dérober à ma vue : je vis tout ce qu'il lui en coûtoit pour obéir : elle rougissoit de se voir nue , même devant moi , qui , exempt des passions qui peuvent alarmer la pudeur, suis inanimé sous l'empire de ce sexe , et qui , ministre de la modestie , dans les actions les plus libres, ne porte que de chastes regards et ne puis inspirer que l'innocence.

Dès que je l'eus jugée digne de toi, je baissai les yeux, je lui jetai un manteau d'écarlate ; je lui mis au doigt un anneau d'or ; je me prosternai à ses pieds ; je l'adorai comme la reine de ton cœur. Je payai les Arméniens ; je la dérobai à tous les yeux.

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Heureux Usbek , tu possèdes plus de beautés que n'en renferment tous les palais d'Orient. Quel plaisir pour toi de trouver à ton retour tout ce que la Perse a de plus ravissant , et de voir dans ton sérail renaître les grâces à mesure que le temps et la possession travaillent à les détruire !

Du sér.iil de Fatmé, le premier de la lune de Rebiab, i, 171.5.

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