CHAPITRE XVI
Choses à observer dans la coDoposition des lois.
Ceux qui ont un génie assez étendu pour pouvoir donner des lois à leur nation ou à une autre, doivent £aîre de certaines attentions sur la manière de les former.
Le style en doit être concis. Les lois des douze tables sont un modèle de précision ; les enfkns les apprenoient par cœur (i ). Les novelles de Jus-
(i) Vt earmen nuestariutn, Gicéroii , de legiéus , lir^ II.
4o8 DE l'esprit des lois.
tinien sont si diffuses qu^il fallut lés abréger (i).
Le stjle des lois doit être simple ; Texpressioii directe s'entend toujours mieux que Fexpression réfléchie. Il n'y a point de majesté dans les lois du Bas -Empire; on y fait parler les princes comme des rhéteurs. Quand le style des lois est enflé , on ne les regarde que comme un ouvrage d'oslentatipn.
. Il est essentiel que les paroles des lois réveillent ck«K tous les hommes les mêmes idées. L^ cardinal de Richelieu convenoit que Ton pouvoit accuser un ministre devant le roi (â) ; mais il vouloitque Ton fût puni, si les choses qu'on prouvoit n'étoient pas considérables; ce qui devoit empêcher tout le monde, de dire quelque vérité que ce fut contre lui , puisqu'une chose considérable est entièrement relative , et que ce qui est considérable pour quelqu'un ne Test pas pour un autre.
La loi d'Honorius punissoit de mort celui qui acnetoit comme serf un affranchi, ou qui auroit voulu l'inquiéter (3). Il ne falloit point se servir d'une expression si vague : l'inquiétude que l'on
(i) Gfest Pouvxage d'Irnerios.
(2) Testament politique.
(5) Jut i/uatibei manumisshne donaium înifutêtare votuerii. Appendice au code Théodosien , dans le premier tome des ŒaTres du P. Sirmond , page 737.