LIV. XXIX, CH\P. XVI
je dirai seulement que la raison allëguëe par le chancelier de THôpital nVtoit pas la vraie : il s^en ÙluI bien que le gouvernement des peuples ne soit qu^un honneur.
En faiit de présomption, celle de la loi vaut mieux que celle de Thomme. La loi française regarde comme frauduleux tous les actes faits par un marchand dans les dix jours qui ont précède sa banqueroute (i) : c'est la présomption de la loi. La loi romaine infligeoit des peines au mari qui gardoit sa femme après Tadultère , à moins quHl n'y fât déterminé par la crainte de l'événement d'un procès , ou par la négligence de sa propre honte ; et c'est la présomption de l'homme. Il falloit que le juge présum&t les motifs de la conduite du mari, et qu'il se déterminât sur une manière de penser très-obscure. Lorsque le juge présume, les jugemens deviennent arbitraires; lorsque la loi présume, elle donne au juge une règle fixe.
La loi de Platon , comme j'ai dit , vouloir qu'on punît celui qui se tueroit, ndn pas pour éviter l'ignominie^ mais par foiblesse (s). Cette loi étoit vicieuse en ce que , dans lé seul cas où l'on ne pouvoit pas tirer du criminel l'aveu du motif qui
(i) Elle est da 18 noTembre 170a.
(9) Liv. IX des Lois.
4l4 I>£ L^ESPRIT DES LOIS,
ravoit fait agir, elle youloit que le juge se déterminât sur ces motifs.
Comme les lois inutiles afifoiblissent les lois nécessaires , celles qu^on peut ëluder afifoiblissent la législation. Une loi doit avoir son effet , et il ne faut pas permettre d*y déroger par une convention particulière .
La loi Falcidie ordonnoit chez les Romains que rhéritier eut toujours la quatrième partie de Fhérédité; une autre loi(i) permit au testateur de défendre à Théritier de retenir cette quatrième partie : c^est se jouer des lois. La loi Fal-r cidie devenoit inutile : car, si le testateur vouloit favoriser son héritier, celui-ci n'avoit pas besoin de la loi Falcidie ; et sMl ne vouloit pas le favoriser , il lui défendoit de se servir de la loi Falcidie.
U faut prendre garde que les lois soient conçues de manière qu^elles ne choquent point la nature des choses. Dans la proscription du prince d'Orange, Philippe II promet à celui qui le tuera de donner à lui ou à ses héritiers vingt -cinq mille écus et la noblesse ; et cela en parole de roi, et comme serviteur de Dieu. La noblesse promise pour une telle action ! une telle action ordonnée en qualité de serviteur de Dieu ! tout
(i) C'est l'authentique , sedcùm iesîator.