LIV. XXII, CHAP. III
parce qu^ils ont converti leurs monnoies r^^les en idëales. D^abord, leurs monnoies réelles sont un certain poids et un certain titre de quelque métal. Mais hientât la mauvaise foi ou le hesoin font qu^on retranche une partie dumëtal de chaque pièce de monnoie , à laquelle on laisse le même nom : par exemple , d^une pièce du poids d^une livre d'argent , qn retranche la moitié de Targent , et on continue de Tappeler livre ; la pièce qui étoit une vingtième partie de la livre d'argent, on continue de l'appeler sou, quoiqu'elle ne soit plus la vingtième partie de cette livre. Pour lors , la livre es||ine livre idéale , et le sou un sou idéal ; ainsi des autres subdivisions : et cela peut aller au point que ce qu'on appellera livre ne sera plus qu'une très-petite portion de la livre ; ce qui la rendra encore plus idéale. Il peut même arriver que l'on ne fera plus de pièce de moAnoie qui vaille précisément une livre, et qu'on ne fera pas non plus de pièce qui vaille un sou : pour lors, la livre et le sou seront des monnoies purement idéales. On donnera à chaque pièce de monnoie la dénomination d'autant de livres et d'autant de sous que Ton voudra ; la variation pourra être continuelle, parce qu'il est aussi aisé de donner un autre nom à une chose, qu'il est difficile de changer la chose même.
10 DE l'esprit des LOIS.
Pour ôter la source des abus, ce sera une trèsbonne loi, dans tous les pays où Ton voudra faire fleurir le commerce , que celle qui ordonnera qu'on emploîra des monnoies réelles , et que Ton ne fera point d'opération qui puisse les rendre idoles.
Rien ne doit être si exempt de yariatioh que ce qui est la mesure coiymune de tout.
Le négoce par lui-même est très-incertain ; et c'est un grand mal d'ajouter une nouvelle incertitude à celle qui est fondée sur la nature de la chose.