‹ Œuvres de Montesquieu (volume 4)Chapitre 40 sur 341 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De la dureté du gouvernement.

Les gens qui n'ont absolument rien , comme les mendians, ont beaucoup d'enfans. C'est qu'ils sont dans le cas des peuples naissans : il n'en coûte rien au père pour donner son art à ses enfans, qui même sont, en naissant, des instrumens de cet art. Ces gens , dans un pays riche ou superstitieux, se multiplient, parce qu'ils n'ont pas les charges de la société, mais sont eux-mêmes les charges de la société. Mais les gens qui ne sont pauvres que parce qu'ils vivent dans un gouvernement dur , qui regardent leur champ moins comme le fondement de leur subsistance que comnie un prétexte à la vexation ; ces gens-là, dis-je, font peu d'enfans. Ils n'ont pas même leur nourriture; comment pourroientils songer à la partager ? Us ne peuvent se soi-

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gner dans leurs maladies ; commeiit pourroieiit* ils ëieverdes créatures qui sont dans une maladie continuelle , qui est Tenfance ?

GVst la facilite de parler, et Timpuissance d^examiner qui ont &it dire que plus les sujets ëtoient pauvres, plus les familles étoient nombreuses; que plus on ëtoit charge dHmpôts, plus on se mettoit en état de les payer : deux so* phismes qui ont toujours perdu, et qui perdront k jamais les monarchies.

La dureté du gouvernement peut aller jusqu^à détruire les sentimens naturels par les sentimens naturels mêmes. Les femmes de FAmérique ne se &isoient-elles pas avorter pour que leurs enfans n^eussent pas des maîtres aussi cruels (i)?

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