‹ Œuvres de Montesquieu (volume 5)Chapitre 43 sur 92 · P&0N01!(GÉ LE 24 JAN7IEB I · texte numérisé non relu

P&0N01!(GÉ LE 24 JAN7IEB I

Messieurs,

En m'accordant la place de M. de Sacy , vous avez moins appris au public ce que je suis que ce que je dois être.

Vous n^avezpas voulu me comparer à lui , mais me le donner pour modèle.

Fait pour la société, il étoit aimable , il y étoit utile : il mettoit la douceur dans les manières , et la sévérité dans les mœurs.

Il joignoit à un beau génie une âme plus belle encore : les qualités de l'esprit, n'étoient chez lui <^ue dans le second ordre ; elles oraoient le mérit e, mais ne le faisoient pas.

Il écrivoit pour instruire; et, en instruisant, il se faisoit toujours aimer. Tout respire dans ses ouvrages la candeur et la probité ; le bon naturel s'y fait sentir : le grand homme ne s'y montre jamais qu'avec Thonnête homme.

Il suivoit la vertu par un penchant naturel , et il s'y attachoit encore pair ses réflexions. Il ju- . geoit qu'ayant écrit sur la morale, il devoit être plus difficile qu'un iiutre surses devoirs; qu'il n'y avoit point pour lui de dispenses , puisqu'il avoit donné les règles; qu'il seroit ridicule qu'il n'eût pas la force de faire des choses dont il avoit cru tous les hommes capables , qu'il abandonnât ses propres maximes , et que dans chaque action il eût en même temps à rougir de ce qu'il auroit fait et de ce qu'il auroit dit.

Avec quelle noblesse n'exerçoit-il pas sa profession! tous ceux qui avoient besoin de lui devenoient ses amis. Il ne trouvoit presque. ppnr récompense, à la fin de chaque jour, qj^e quelques

actions dç plus. Toujours moins riche , et toujours plus désintéresse , il n'a presque laissé à ses enfàns que l'honneur d'avoir un si illustre père.

Vous aimez , messieurs , les hommes vertueux ; vous ne faites grâce au plus beau génie d'aucune qualité du cœur; et vous regardez les talens sans la vertu comme des présens funestes , uniquement propres à donner de la force ou un plus grand jour à nos vices.

Et par-là vous êtes bien dignes de ces grands protecteurs qui vous ont confié leur gloire , qui ont voulu aller à la postérité , mais qui ont voulu y aller avec vous.

Bien des orateurs etdes poètes les ont célébrés : mais il n'y a que vous qui ayez été établis pour leur rendre, pour ainsi dire, un culte réglé.

Pleins de zèle et d'admiration pour ces grands hommes , vous les rappelez sans cesse à notre mémoire. Effet surprenant de Tart! vos chants sont continuels, et ils nous paroissent toujours nouveaux.

Vous nous étonnez toujours quand vous célébrez ce grand ministre (1) qui tira du. chaos les règles de la monarchie ; qui apprit à la France le secret de ses forces , à l'Espagne celui de sa foiblesse.; ôta à l'Allemagne ses chaînes, lui en don-

(1] Richelieu.

na de nouvelles ; brisa tour à tour toutes les puissances , et destina, pour ainsi dire , Louisle-Grand aux grandes choses qu^il fit depuis.

Vous ne vous ressemblez jamais dans les ëloges que vous faites de ce chancelier (ï) qui n^'abusa ni de la confiance des rois , ni de la confiance des peuples, et qui , dans Texercice de la magistrature , fut sans passion , comme les lois qui absolvent et punissent sans aimer ni haïr.

Mais Ton aime surtout à vous voir travailler a Tenvi au portrait de Louis-le-Grand, ce portrait toujours commence et jamais fini , tous les jours plus avance et tous les jours plus difficile.

Nous concevons à peine le règne merveilleux que vous chantez. Quand vous nous faites voir les sciences partout encouragées , les arts protégés , les belles-lettres cultivées, nous croyons vous entendre parler d'un règne paisible et tranquille. Quand vous chantez les guerres et les victoires, il semble que vous nous racontiez Thistoire de quelque peuple sorti du nord pour changer^ la face de la terre. Ici nous voyons le roi , là le héros. C'est ainsi qu'un fleuve majestueux va se changer en un torrent qui renverse tout ce qui s'oppose à soi^ipassage : c'est ainsi que le ciel paroît au laboureur pur et serein , tandis que dans la con-

(1) Séguier.

trée voisine il se couvre de feu , d'éclairs et de tonnerres. ♦

Vous m'avez, messieurs , associé à vos travaux ; vous m'avez élevé jusqu'à vous , et je vous rends grâces de ce qu'il m'est permis de vous connoître mieux et de vous admirer de plus près.

Je vous rends grâces de ce que vous m'avez donné un droit particulier d'écrire la vie et les actions de notre jeune monarque. Puîsse-t-il aimer à entendre les' éloges que 1^'on donne aux princes pacifiques ! que le pouvoir immense que Dieu a mis entre ses mains soit le gage du bonheur de tous! que toute la terre repose sous son trône ! quMl soit le roi d'une nation , et le protecteur de toutes les autres! que tous les peuples l'aiment, que ses sujets l'adorent, et qu'il n'y ait pas un seul homme dans Tunivers qui s'afflige de son bonheur et craigne ses prospérités ! périssent enfin ces jalousies fatales qui rendent les hommes ennemis des hommes! que le sang humain, ce sang qui souille toujours la terre, soit épargné ! et que , pour parvenir à ce grand objet , ce ministre (1) nécessaire au monde , ce ministre tel que le peuple français auroit pu le demander au ciel ,ne cesse de donner ces conseils qui votit au cœur du prince , toujours prêt à faire le bien

U) Le cardinal de Fleury.

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