CHAPITRE XXI
diverses familles sur le trône, ils n'étoient attachés à aucune ; et la fortune ayant pris des empereurs dans toutes les conditions, il n'y avoit pas de naissance assez basse ni de mérite si mince qui pût ôter l'espérance.
Plusieurs exemples reçus dans la nation en formèrent l'esprit général, et firent les mœurs, qui régnent aussi impérieusement que les lois.
Il semble que les grandes entreprises soient parmi nous plus difficiles à mener que chez les anciens. On ne peut guère les cacher , parce que la communication est telle aujourd'hui entre les nations , que chaque prince a des ministres dans toutes les cours , et peut avoir des traîtres dans tous les cabinets.
L'invention des postes fait que les nouvelles volent et arrivent de toutes parts.
Comme les grandes entreprises ne peuvent se faire sans argent, et que, depuis l'invention des lettres de change , les négociants en sont les maîtres, leurs affaires sont très souvent liées avec les secrets de l'état; et ils ne négligent rien pour les pénétrer.
Des variations dans le change sans une cause connue , font que bien des gens la cherchent et la trouvent à la fin.
L'invention de l'imprimerie , qui a mis les livres dans les mains de tout le monde, celle de la gra-
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vure, qui a rendu les cartes géographiques si communes, enfin l'établissement des papiers po- / litiques , font assez connoître à chacun les intérêts
généraux , pour pouvoir plus aisément être éclairci sur les faits secrets.
Les conspirations dans l'état sont devenues difficiles, parce que, depuis l'invention des postes, tous les secrets particuliers sont dans le pouvoir du public.
Les princes peuvent agir avec promptitude, parce qu'ils ont les forces de l'état dans leurs mains ; les conspirateurs sont obligés d'agir lentement, parce que tout leur manque : mais à présent que tout s'éclaircit avec plus de facilité et de promptitude, pour peu que ceux-ci perdent de temps à s'arranger , ils sont découverts.