‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 111 sur 129 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

étoit légère : c'est aujourd'hui tout le contraire. La Hollande et la Frise n'étoient point pour ainsi dire encore faites ^ ; et l'Allemagne étoit pleine de bois, de lacs et de marais, où la cavalerie servoit peu.

Depuis qu'on a donné un cours aux grands fleuves , ces marais se sont dissipés , et l'Allemagne a changé de face. Les ouvrages de Valentinien sur leNecker, et ceux des Romains sur le Rhin*, ont fait bien des changements ^ ; et le commerce s'étant établi , des pays qui ne produisoient point de chevaux en ont donné , et on en a fait usage 4 .

Constantin, fils d'Héraclius, ayant été empoisonné , et son fils Constant tué en Sicile , Constantin le Barbu, son fils aîné, lui succéda ^. Les grands des provinces d'Orient s'étant assemblés, ils voulurent couronner ses deux autres frères, soutenant que , comme il faut croire en la Trinité , aussi étoit-il raisonnable d'avoir trois empereurs.

L'histoire grecque est pleine de traits pareils ;

celle de Palmyre. Voyez aussi Ammien Marcellin , sur la cavalerie des Perses.

' C'étoient , pour la plupart , des terres submergées , que l'art a rendues propres à être la demeure des hommes.

* Voyez Ammien Marcellin , liv. xxvii.

3 Le climat n'y est plus aussi froid que le disoient les anciens.

4 César dit que les chevaux des Germains étoient vilains et petits, liv. IV, chap. II. Et Tacite, des Mœurs des Germains, dit : Germania pecorum fecunda , sed pleraque improcera,

^ Zonaras , Vie de Ccnstantin-le-Barbu.

€t, le petit esprit étant parvenu à faire le caractère de la nation , il n'y eut plus de sagesse dans les entreprises , et l'on vit des troubles sans cause et des révolutions sans motifs.

Une bigoterie universelle abattit les courages et engourdit tout l'empire. Constantinople est , à proprement parler, le seul pays d'Orient où la religion chrétienne ait été dominante. Or, cette lâcheté, cette paresse, cette mollesse des nations d'Asie, se mêlèrent dans la dévotion même. Entre mille exemples je ne veux que Philippicus, général de Maurice, qui, étant près de donner une bataille, se mit à pleurer, dans la considération du grand nombre de gens qui alloient être tués '.

Ce sont bien d'autres larmes, celles de ces Arabes qui pleurèrent de douleur de ce que leur général avoit fait une trêve qui les empêchoit de répandre le sang des chrétiens ^.

C'est que la différence est totale entre une armée fanatique et une armée bigote. On le vit , dans nos temps modernes, dans une révolution fameuse, lorsque l'armée de Cromwell étoit comme celle des Arabes, et les armées d'Irlande et d'Ecosse comme celle des Grecs.

Une superstition grossière , qui abaisse l'esprit

, ' Théopliilacte , liv. ii, chap. m , Histoire de l'empereur Maurice.

> Histoire de la conquête de la Syrie, de la Perse et de l'Egj-ptc , par les Sarrasins ; par M. Ockli'v.

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