‹ Œuvres de MontesquieuChapitre 36 sur 129 · CHAPITRE VII. 6q · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 6q

D'un autre côté , Rome travaillée par ses dissensions civiles, occupée de maux plus pressants, négligea les affaires d'Asie, et laissa Mithridate suivre ses victoires, ou respirer après ses défaites.

Rien n'avoit plus perdu la plupart des rois que le désir manifeste qu'ils témoignoient de la paix; ils avoient détourné par là tous les autres peuples de partager avec eux un péril dont ils vouloient tant sortir eux-mêmes. Mais Mithridate fit d'abord sentir à toute la terre qu'il étoit ennemi des Romains, et qu'il le seroit toujours.

Enfin les villes de Grèce et d'Asie, voyant que le joug des Romains s'appesantissoit tous les jours sur elles, mirent leur confiance dans ce roi barbare qui les appeloit à la liberté.

Cette disposition des choses produisit trois grandes guerres , qui forment un des beaux morceaux de l'histoire romaine ; parce qu'on n'y voit pas des princes déjà vaincus par les délices et l'orgueil, comme Antiochus et Tigrane, ou parla crainte, comme Philippe, Persée et Jugurtha, mais un roi magnanime, qui , dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures , n'en étoit que plus indigné.

Elles sont singulières , parce que les révolutions y sont continuelles et toujours inopinées : car si Mithridate pouvoit aisément réparer ses armées , il arrivoit aussi que dans les revers , où l'on a plus

yO GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

besoin d'obéissance et de discipline , ses troupes barbares l'abandonnoient; s'il avoit l'art de solliciter les peuples et de faire révolter les villes , il éprouvoit à son tour des perfidies de la part de ses capitaines, de ses enfants, et de ses femmes; enfin , s'il eut affaire à des généraux romains mal habiles, on envoya contre lui, en divers temps, Sylla , Lucullus et Pompée.

Ce prince , après avoir battu les généraux romains, et fait la conquête de l'Asie, de la Macédoine et de la Grèce , ayant été vaincu à son tour par Sylla , réduit par un traité à ses anciennes limites , fatigué par les généraux romains , devenu encore ime fois leur vainqueur et le conquérant de l'Asie, chassé par Lucullus et suivi dans son propre pays, fut obligé de se retirer chez Tigrane ; et, se voyant perdu sans ressource après sa défaite, ne comptant plus que sur lui-même, il se réfugia dans ses propres états , et s'y rétablit.

Pompée succéda à Lucullus, et Mithridate en fut accablé : il fuit de ses états ; et passant l'Araxe, il marcha de péril en péril par le pays des Laziens; et, ramassant dans son chemin ce qu'il trouva de Barbares, il parut dans le Bosphore, devant son fils Maccharès , qui avoit fait sa paix avec les Romains '.

• Mithridate l'avoit fait roi du Bosphore. Sur la nouvelle de l'arrivée de son père, il se donna la mort.

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