I. De Sylla. a. De Pompée et César
Je supplie qu'on me permette de détourner les yeux des horreurs des guerres de Marius et de Sylla : on en trouvera dans Appien l'épouvantable histoire. Outre la jalousie, l'ambition et la cruauté des deux chefs, chaque Romain étoit furieux; les nouveaux citoyens et les anciens ne se regardoient plus comme les membres d'une même république*, et l'on se faisoit une guerre qui , par un caractère particulier, étoit en même temps civile et étrangère.
Sylla fit des lois très propres à ôter la cause des désordres que l'on avoit vus : elles augmentoient l'autorité du sénat, tempéroient le pouvoir du peuple, régloient celui des tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictature sembla rendre la vie à la république ; mais , dans la fureur de ses succès , il avoit fait des choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté.
' Comme Marius , pour se faire donner la commission de la guerre contre Mithridate au préjudice de Sylla, avoit, par le secours du tribun Sulpitius, répandu les huit nouvelles nibus des peuples d'Italie dans les anciennes , ce qui rendoit les Italiens maîtres des suffrages, ils étoient la plupart du parti de Marius , pendant que le sénat et les anciens citoyciis étoient du parti de Sylla.