ACTE I, SCÈNE III
CLITON
Et si naïvement, Que j'ai cm, la voyant, voir un enchantement.
On y voit un Dorante avec votre visage ; On le prendroit pour vous ; il a votre air, votre âge ,' Vos yeux, votre action, votre maigre embonpoint;^ Et parott , comme vous, adroit au dernier point. Comme à Févénement j'ai part à la peinture; Après votre portrait on produit ma figure.
Le héros de la farce, un certain Jodelet, Fait marcher après vous votre digne valet ; Il a jusqu'à mon nez , et juscp'à ma parole , Et nous avons tous deux appris en même école : ' ' C'est l'original même, il vaut ce que je vaux; '"' ' Si quelque autre s'en mêle, on peut s'inscrire en faux; Et tout autre quç lui dans cette comédie N'en fera jamais voir qu'une fausse copie.
Pour Clarice et Lucrèce , elles en ont quelijue air': Philisteavec Aicippe y vient vous accorder. •" « Votre feu père même est jôué soîis le mfasque. ' *
OORANTk.
Cette pièce doit être et plaisante et fantasque.
Mais son nom? .if
CLITON
Votre iiom de guerre, le Msnteva ♦.
DORAIVTE.
Les vers en sont4l3 bons ? fait-on cas de l'auteur?
' Cette tirade et toute cette scène d&reht plaire beàttcoujô en leur tempe; elles rappelaient au public l'idée d*iïn ouvragé qtii avait extré^ mement réussi. Beaucoup de ren îàu Menieùt avaient pslssé en pro«
CLÏTON.
La pièce a réussi ^ quoique foible de style ;
Et d'up nouyeau proverbe elle enrichit la ville ,
De sorte qi^'aujourd'hui presque en tous les quartiers
On dit, quand quelqu'un ment, qu'il revient de Poitiers.
Et pour moi, c'est bien pis , je n'ose plus paroitre :
Ce maraud de farceur m'a fait, si bien connoitre,
Que les petits enfants, sitôt qu'on m'aperçoit,
Me courent dans la rue, et me montrent au doigt;
Et chacun rit de voir les courtauds de boutique ,
Grossissant à l'envi leur chienne de musique ,
Se rompre le gosier, dans cette belle humeur,
 crier après moi , le valet du Menteur !
Vous en riez vo«s-oiê«ie !..
DORANTE
Il faut bien que j'en rie.