‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 42 sur 240 · ACTE m, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III

• LYSE

Etsiforte, Que je n*ose rentrer si je ne le rapporte :

Si vous vous ob{stmez\à me le retenir , Je ne sais dès ce soir, monsieur, que devenir; Ma fortune est perdue , et dix ans de service.

DORANTE

Ecoute ; il n'est pour toi chose que je ne fisse :

Si je te nuis ici, c'est avec grand regret;

Mais on aura mon cœur avant que ce portrait.

Va dire de ma part à celle qui t'envoie Qu'il fait tout mon bonheur, qu'il fait toute ma joie; Que rien n'approcheroit de mon ravissement, Si je le possédois de son consentement; Qu'il est l'unique bien où mon espoir se fonde. Qu'il est le seul trésor qui me soit cher au monde ; Et, quant à ta fortune , il est en mon pouvoir De ]a faire monter par-delà ton espoir.

LYSE

Je ne veux point de vous, ni de vos récompenses.

DORANTE

Tu me dédaignes trop.

XYSE.

Je le dois.

CLITON

Tu l'offenses.

Mais voulez-vous, monsieur , me croire et vous venger? Rendez-lui son portrait pour la faire enrager.

i;.YSE.

le grand habile homme ! il y connoit finesse.

C'est donc ainsi^ monsieur^ que vous tenez promesse ?

Mais puisqu'auprès de vous j'ai si peu de crëdit.

Demandez à ma sœur oe qu'elle m'en a dit.

Et si c'est sans raison que j'ai tant l'épouvante.

DORANTE

Tu verras que ta sœur sera plus oUigeante ;

Mais si ce grand Courroux lui donne autant d'effroi^

Je ferai tout autant pour elle que pour toi.

LYSB*

N'importe , parlez-lui ; du moins vous saurez d'elle Avec quelle chaleur j'.ai pris votre querelle.

DORANTE, à Méliêse.

Son ordre est-il si rude ?

MÉLISSE

Il est assez exprès; Mais^ sans mentir, ma sœur vous presse un peu de près ; Quoi qu'elle ait commandé, la chose a deux visages.

CLITOISr.

Conmie toutes les deux jouent'^ leurs personuages !

MÉLISSE

Souvent tout cet effort à ravoir un portrait

N'est que pour voir l'amour par l'état qu'on en fait.

C'est peut-être , après tout, le dessein de madame.

Ma sœur, non plus que moi, ne lit pas dans son âme.

En ces occasions il fait bon hasarder.

Et de force ou de gré je saurois le garder.

Si vous l'aimez, monsieur, croyez qu'en son courage

"*" Jouent ne peut w placer qu'à la fin , et jamais dans le cours d'an ver». P.

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