ACTE m, SCÈNE IV
DORANTS.
Celle-ci pour le moins n'est pas des plus communes.
PHILISTE
EUe TOUS semble belle, à ce compte?
BORANTZ.
A ravir.
PHILISTE
le n'en suis point jaloux.
DORANTE
M y voulez-vous servir?
PHILISTE
le sois trop maladroit pour un si noble rôle.
DORANTE
Voas n'avez seulement qu'à dire une parole. '
PHILISTE
Qu'une?
DORANTE
Non. Cette nuit j'ai promis de la voir, »
Sur (pie vous obtiendrez mon congé pour ce soir. Le concierge est à vous.
PHILISTE
C'est une affaire faite.
DORANTE
Quoi! vous me refiisez un mot que je souhaite?
PHILISTE
L'ordre^ tout au contraire, en est déjà donné; Et votre esprit trop prompt n'a pas bien deviné.
Gomme je vous quittois avec peine à vous croire. Quatre de mes amis m'ont conté voire histoire : jQs marchoient après vous deux ou trois mille pas;
8o LA SUITE DU MENTEUR.
Ils vous ont vu courir, tomber le mort à bas.
L'autre vous démonter, et fuir en diligence :
Ils ont vu tout cela de sur une éminence ,
Et n'ont connu personne, étant trop éloignés.
Voilà, quoi qu'il en soit, tous nos procès gagnés,
Et plutôt de beaucoup que je n'osois prétendre.
Je n'ai point perdu temps, et les ai fait entendre;
Si bien que, sans cbercher d'autre éclaircissement,
Vos juges m'ont promis votre élargissement.
Mais, quoiqu'il soit constant qu'on vous prend pour un ai
Il faudra caution, et je serai la vôtre :
Ce sont formalités que pour vous dégagep
Les juges, disent-ils , sont tenus d'exiger ;
Mais sans doute ils en font ainsi que bon leur semble.
Tandis, ce soir chez moi nous souperons ensemble :
Dans un moment ou deux vous y pourrez venir ;
Nous aurons tout loisir de nous entretenir ;
Et vous prendrez le temps de voir votre lingère.
Ils m'ont dit toutefois qu'il seroLt nécessaire
De coucher pour la forme une nuit en prison ,
Et m'en ont sur le champ rendu quelque raison ;
Mais c'est si peu mon. jeu que de telles matières ,
Que j'en perds aussitôt les plus belles lumières.
Vous sortirez demain , il n'est rien de plus vrai ;
C'est tout ce que j'en aime, et tout ce que j'en sai.
DORANTE
Que ne vous dois-je point pour de si bons offices I
PHILISTE
Ami, ce ne sont là que de petits services ; *
Je voudrois pouvoir mieux, tout me seroit fort doux