‹ Œuvres de P. Corneille (volume 2)Chapitre 70 sur 240 · DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE, CLITON · texte numérisé non relu

DORANTE, PHILISTE, CLÉANDRE, MÉLISSE, LYSE, CLITON

CLEANDRE.

Ma sœur, auriez-vous cru....? Vous montrez peu de joie ! En si bon entretien qui vous peut attrister ?

MÉLISSE, à Cléandre.

J'en contois le sujet , vous pouvez l'écouter.

(àPhilistè.)

Vous m'aimez, je l'ai su de votre projM*e bouche , Je l'ai su de Dorante, et votre amour me louche , Si trop peu, pour vous rendre un amour tout pareil , Assez, pour vous donner un fidèle conseil.

Ne vous obstinez plus à chérir une ingrate ; J'aime ailleurs, c'est en vain qu'un faux espoir vous flatte. J'aime, et je suis aimée, et mon frère y consent; Mon choix est aussi beau que mon amour puissant.

Vous l'auriez fait pour moi, si vous étiez mon frère.

C'est Dorante, en un mot, qui seul a pu me plaire.

Ne me demandez point ni quelle occasion,

Ni quel temps enîre nous a fait cette union ;

S'il la faut appeler ou surprise , ou constance ;

Je ne vous en puis dire aucune circonstance :

Contentez-vous de voir que mon frère aujourd'hui

L'estime et l'aime assez pour le loger chez lui.

Et d'apprendre de moi que mon cœur se propose

Le change et le tombeau pour une même chose*

Lorsque notre destin nous sembloit le plus doux.

Vous l'avez obligé de me parler pour vous ;

Il l'a fait, et s'en va pour vous quitter la place :

Jugez par ce discours quel malheur nous menace.

Voilà cet accident qui le fait retirer ;

Voilà ce qui le trouble , et qui me fait pleurer ;

Voilà ce que je crains ; et voilà les alarmes

D'où viennent ses soupirs, et d'où naissent mes larmes.

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